Mon mari m’annonce que son contrat a été renouvelé pour une durée de deux ans. « Champagne! » La 1ère fois qu’on renouvelle un contrat, ça se fête! Espagne: 2 ans. France: 2 ans. Suède: 2 ans. France: Angleterre: 1 an + 2 à venir, youpi! Et pourtant cette nouvelle ne me fait pas sauter de joie. Moi le conjoint suiveur comme on dit. Usée de ces expatriations successives. D’être celle qui gère les adaptations et les crises des enfants. Avant j’aurais fêté ça: enfin! On avait un peu plus de visibilité. De quoi retrouver un emploi, permettre aux enfants de construire des amitiés durables et moi aussi d’ailleurs?! Sauf que les images des adieux à venir me hantent. Contente pour lui, car les challenges professionnels qu’on lui offre ici avec le contexte du Brexit sont inimaginables en France. Monsieur comprend que cette joie ne soit pas partagée entièrement. Oui, car cette nouvelle a un goût amer pour moi.

Certes, j’ai enfin compris que ce statut de conjoint suiveur constituait une formidable opportunité d’avoir un projet à moi au lieu de mener le combat impossible de concilier carrière et expatriations successives (pour en savoir plus, écoutez l’épisode #12 avec Alix Carnot spécialiste des doubles carrières en expatriation). Le podcast Expat Heroes est le projet que j’ai choisi pour essayer de me construire une carrière nomade. Sur le papier c’est plutôt sympa. Seule ombre au tableau: je ne me sens pas à ma place car mes parents restés en France ont besoin de moi. Chacun son histoire familiale. Dans mon cas, le temps a construit une relation très forte entre moi et mes parents.

Il y a 2 ans, alors que nous rentrions de suède, ma présence auprès de ma mère lui a sauvé la vie. J’étais là au bon endroit au bon moment. Je n’ai fait qu’appeler les secours. Ils sont arrivés au moment-même où elle faisait un infarctus. Il l’ont réanimée comme dans les films et l’ont sauvée in extremis. Alors que 2 jours avant j’étais en Suède. Alors que 2 heures avant je me trouvais à Lyon pour signer le bail de notre location pour un retour en France qui n’aura duré qu’un an. Dans ma tête et dans mon coeur, l’équation est claire: j’étais là près d’elle=elle a survécu; je suis loin=la mort guette.

Ce renouvellement de contrat de deux ans de plus en Angleterre a un goût d’autant plus amer pour moi que j’ai appris il y a un an, que ma maman est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Alors, je ne me sens plus à ma place ici.

Cette foutue distance m’empêche de pouvoir aider mon père et ma mère au quotidien. Je viens à peine de me remettre du fait que ma mère a frôlé la mort il y a 2 ans. Voilà que sa mémoire est détruite petit à petit. Autant de moments avec elle que l’expatriation m’enlève. Je ne cesse d’avoir peur du moment où je rentrerai un jour et qu’elle ne me reconnaîtra plus. Je culpabilise énormément d’être loin. J’aimerais tellement être là pour elle, comme la dernière fois… Comment accepter l’inacceptable? Comment gérer cette culpabilité qui me ronge?

Heureusement, je ne suis pas fille unique et mon frère fait le maximum de son côté avec un boulot hyper stressant et sa petite famille à gérer… J’ai donc la chance de ne pas avoir à remettre notre projet d’expatriation en question. De toute façon, si j’avais vécu proche de mes parents, je n’aurais sans doute pas fait davantage que maintenant. J’aurais eu mon job, mes enfants à gérer, mon couple. C’est ce que mes amis me disent pour me réconforter. Cette culpabilité est pourtant bien présente. Donc, j’ai prévu des allers-retours réguliers pour atténuer ce sentiment de culpabilité et continuer à profiter de bons moments avec ma maman sans focaliser mon attention sur la maladie.

Comme mon témoignage l’illustre, vivre l’éloignement avec un parent malade et parfois un deuil à l’étranger sont des situations difficiles à gérer et tellement taboues. On préfère donner une image positive de l’expatriation: dépaysement, découverte de soi, évolution professionnelle… Loin des clichés, j’ai envie de vous offrir un épisode spécial sur le deuil et l’éloignement avec un parent malade en France quand nous sommes à l’étranger, avec deux psychologues, Magdalena Zilveti Chaland et Adélaïde Russell qui ont gentiment accepté de participer. La préparation de cet épisode m’a énormément réconfortée. Mon souhait est qu’il permette au plus grand nombre d’entre vous de trouver la paix.

>>Ecouter l’épisode #17: épisode spécial deuil en expat et éloignement avec un proche malade: comment y faire face?

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