Comment on parvient à s’engager en politique à l’étranger ?

Dans cet épisode, je vous emmène à New York rencontrer Louise Dodet. Louise habite à New York depuis 5 ans. Je l’ai rencontrée à Madrid avant qu’elle ne s’envole pour New York à 6 mois de grossesse. Avant de nous parler de sa vie à Brooklyn, Louise nous expliquera la difficulté à s’engager en politique quand on on est pas dans son pays. Elle nous racontera sa frustration pendant l’élection de Trump. Et à quel point elle s’est sentie à sa place en prenant part à la marche des femmes. Et enfin, comment elle s’engage pour les élections présidentielles en France. Loin du cliché de l’expat qui n’en a rien à faire, voici Louise, un sacré bout de femme pleine d’émotion et d’humour, tout de suite dans Expat Heroes.

Questions :

• L’élection de Trump et la marche des femmes [01:18]
• Le système de santé français incroyablement impossible à concevoir aux USA ? [06:38]
• Le sursaut et l’engagement de Louise dans la campagne de Benoît Hamon à New York [09:59]
• La présidence Trump se ressent-elle au quotidien ? [15:04]
• Brooklyn [19:09]
• Est-ce que tu vis mieux à New York qu’en France ? [24:08]
• Partir enceinte de Madrid pour venir vivre à New York (et au final y accoucher) ? [27:25]
• Visas et greencard [33:13]
• Rentrer en France ? [34:40]

Citations:

« Je suis allée à un meeting de Bernie Sanders, on y a été en famille avec les enfants c’était hyper émouvant de voir tous ces gens qui voulaient s’engager pour une société différente dans leur pays. Je me suis retrouvée là au milieu de ces gens avec des militants qui forcément allaient discuter en disant bah si vous voulez prendre part à la campagne, venez ! C’est à partir de ce moment là que je me suis dit: c’est une vraie question. L’action de s’engager est radicalement différente que quand on est dans son pays et qu’on vote. »

« La marche des femmes pour moi c’était évident d’y aller. C’était très différent d’un engagement sur une campagne politique vu que ça appelait aux gens qui étaient immigrés aussi. De manière complètement naturelle, j’avais une place en tant que femme blanche immigrée. Pour une fois j’étais à ma place en tant que ce que je suis. Et pas en tant que en fait je suis pas américaine mais j’aimerais bien participer. »

« C’était hyper fort. Je suis partie avec des copines. Pour certaines c’était la première manif’ de leur vie. »

« On s’est retrouvées dans un bus avec des femmes qui étaient aux manifs’ dans les années 70 et qui avaient changé un bout du monde. Donc c’était vraiment super émouvant. »

« C’est complètement incroyable (en France) d’avoir une école qui fonctionne pour tout le monde, d’avoir des retraites, tout ce partage dans la société qu’on a décidé à un moment donné, on s’en rend vraiment compte quand on arrive à l’étranger. »

« C’est bien de critiquer un système mais c’est bien aussi de prendre soin de ce qu’on a déjà parce que c’est pas le cas partout, vraiment pas. »

« Le boulot c’est de rencontrer les français, de discuter avec eux. Je ne me vois pas en fer de lance pour convaincre les gens. Par contre ce qui m’intéresse énormément c’est de discuter politique avec les gens. Je pense que ça passe beaucoup par la discussion, la rencontre avec les gens. Au quotidien dans mon quartier, y’a pas mal de français, là depuis quelques mois on discute beaucoup, on est pas forcément d’accord (rires) mais on discute beaucoup. »

« Tous les enfants de la ville de New York ont reçu une lettre qui disait que les immigrés étaient protégés. Le maire a décidé que la ville de New York ferait tout pour ne pas aider Trump dans sa politique d’immigration. Ce qui est hyper rassurant. »

« Après la Women March, l’école (publique) a décidé de soutenir les 100 jours d’action qui ont suivi. »

«  Dans ma vie (à Brooklyn) je vois pas de choses liées à des arrestations d’immigrées je vois plutôt des gens qui luttent. »

« Avec des enfants, Brooklyn est un peu plus tranquille. Un tout petit peu parce que c’est quand même l’équivalent de très grosses villes françaises. ça fourmille. On a toujours l’impression que c’est le petit village à côté de Manhattan mais non ! »

« C’est très différent de la France. Les écoles publiques (à New York) ont bien sûr des dotations publiques mais fonctionnent en grande partie sur les dons (fund raising). Chaque école selon les quartiers diffèrent vachement (qui vient enseigner, qu’est ce que tu fais à l’école, projet, matériel…). C’est terrible parce qu’il y a des disparités énormes. Plus t’es dans un quartier qui est pauvre, plus l’école est mauvaise, plus t’as pas envie de mettre tes gamins là. »

« Ici à New York il y a des parents qui ont monté un programme bilingue français dans l’école publique. Ce n’est absolument pas le programme français. C’est le programme américain dans l’école mais avec un jour en anglais, un jour en français. C’est intéressant parce que tu es complètement intégré à la culture américaine ce n’est absolument pas un établissement clivant, tu es vraiment dans l’école américaine comme elle fonctionne mais tu continues à pratiquer ta langue. »

« Depuis j’ai rencontré des parisiens qui me disent tu sais à Paris c’est un peu pareil. Moi j’ai grandi en province. J’ai toujours été dans l’école qui était à côté de chez moi: école, collège, lycée sans se poser plus de questions. C’était l’école républicaine y’avait tout le monde c’était hyper mélangé avec son lot de supers instits’ mémorables et d’autres un peu moins. Mais bon c’est la vie. Ici c’est toute une histoire pour trouver la bonne école qui va te permettre d’aller dans le bon collège, qui va te permettre d’aller dans la bonne school… C’est un stress permanent qui commence en dernière section de maternelle ! »

« Tu te dois de financer l école (à propos du programme bilingue en école publique). Personne ne t’envoie une facture. Ils déterminent qu’ils ont besoin de 400 dollars par enfant et par an pour faire fonctionner l’école. »

« Qu’est-ce que c’est vivre mieux ? Est-ce que c’est pouvoir s’acheter des trucs et se payer des voyages ou c’est se sentir rassuré. Notre grand il est en équivalent du CE2, on est en train de stresser de se prendre la tête pour le collège. Est-ce que ça, c’est vivre mieux ?! Moi j’habiterais à Bordeaux, ou à Pétaouchnoque les olivettes j’en sais rien où en France, je pense pas que je me prendrais la tête comme ça pour le collège, je me dirais ah ouais le collège c’est un moment super difficile de la vie, ça va être dur on est tous passés par là… (rires) On en est pas là, on en est est-ce qu’on déménage, est-ce qu’on part ? (…) C’est super stressant le collège ici…. Tu peux ajouter ça à tout… au boulot. Mon mari peut se faire virer du jour au lendemain. Et ça, il faut le mesurer dans le sens du vivre mieux. »

« Il fallait trouver un obstétricien qui était d’accord pour suivre la grossesse et l’accouchement. Si t’as plus de 3 ou 4 mois de grossesse ils veulent pas de te suivre, ils partent du principe qu’ils ont pas fait le début et et si tu leur fais un procès c’est pas de leur faute… Une secrétaire médicale m’a conseillé d’aller aux urgences le jour des contractions. »

« Et c’est vraiment par le réseau des français, par une nana que j’ai rencontré tout de suite en arrivant qui m’a dit: attends, j’ai une copine qui a accouché l’année dernière elle va appeler son gynéco. Le mec en fait c’était une espèce de star new yorkaise. C’était complètement hallucinant pour moi. Y’a des gens qui ont fait des documentaires sur lui car contrairement à ce qui se dit aux Etats Unis il est vachement pour les grossesses naturelles… J’ai eu une chance incroyable. Ce mec-là est marié à une française. Il a eu une espèce d’empathie, il m’a vue arriver et il m’a dit: vous les français vous êtes complètement à la ramasse (rires) !  »

« Ça s’est très bien passé. Ma fille est née à Manhattan au 18 ème étage d’un building. C’était hyper rigolo. Faut se mettre dans la peau de quelqu’un qui arrive à New York, les buildings, les gratte-ciels, la lumière, le bruit, les gens. Et on était encore dans cette fraicheur-là quand elle est née. On était complètement hallucinés d’être à Midtown, en haut d’un building, de voir tous ces immeubles par la petite fenêtre. C’était fou. »

« On est arrivés avec un H1B. Y’a un quota de ce genre de visas. Fait pour les entreprises qui embauchent quelqu’un à l’étranger. Le visa H4 pour le conjoint ne permet pas de travailler. c’est un visa court qui n’est pas renouvelable. C’est fait pour que l’entreprise et le détenteur du visa voient si ça colle. Si ça colle, l’entreprise te fait la carte verte. »

« C’est pas juste tu rentres. Il faut se remettre dans un projet. »

Liens:

A propos de la marche des femmes à Washington (article du monde)
A propos des écoles publiques bilingues à New York (article de French Morning)
http://anewyorkavectoi.com (le blog marrant de Louise)

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