Autant de raisons de partir que d’histoires personnelles

[00:00:16.170] – Cristina

On est toutes les deux parties en expatriation, mais pas pour les mêmes raisons. Peux tu nous partager les raisons pour lesquelles toi, tu es parti la première fois ?

[00:00:26.800] – Virginie

C’était un mélange d’envie d’aventure et d’envie d’autre chose. Mon mari et moi, on a toujours voulu partir à l’étranger. On y avait pensé après nos études. On voulait aller au Canada. Finalement, ça ne s’est pas fait et donc on a commencé à travailler en Belgique. Et puis on a eu deux enfants. À un certain moment, je me suis vraiment posé la question de changer d’orientation professionnelle. Et j’ai demandé à mon mari: « les enfants sont encore petits, il va falloir que ça change, que ça bouge. Est ce qu’on ne penserait pas à partir à l’étranger ? » Du coup, on a tous les deux cherché dans nos sociétés respectives s’il y avait des opportunités d’expatriation. Et mon mari a eu un contrat pour l’expatriation en Malaisie. Et donc, voilà, j’ai remis ma démission et on est partis avec nos deux enfants. Ce fut une très belle expérience, compliquée, mais super enrichissante. Et toi Cristina, tu as suivi ton mari, c’est ça ?

[00:01:29.710] – Cristina

Oui. Alors moi, ça a été clairement pour des raisons financières. Je ne suis pas une évadée fiscale, je vous rassure, c’est juste qu’on a des origines familiales très modestes. Et quand mon mari a eu cette opportunité professionnelle-là, on s’est dit « Wow ! Ça va nous permettre vraiment d’avoir une meilleure qualité de vie, de mettre énormément d’argent de côté, de pouvoir, vraiment constituer un patrimoine pour notre famille. » Et puis, une autre raison, une raison qui nous a vraiment décidés à venir en Angleterre, c’est de permettre à nos enfants de devenir bilingues parce qu’ on connait le niveau d’anglais des Français qui est pas terrible. Et on s’est dit « c’est une chance formidable et aussi une chance pour moi de pouvoir améliorer mon anglais, de découvrir vraiment une culture de l’intérieur parce que je n’avais pas pu faire de stage à l’étranger. » J’en avais rêvé, mais là encore, pour des raisons financières, ma maman m’a jamais laissé partir. J’étais aussi trop frileuse, je dois l’admettre, de partir seule faire mes études à l’étranger. C’était surtout pour améliorer nos conditions de vie qu’on est partis et qu’on continue à être expatriés. Et ça va faire plus de 10 ans maintenant. Ces raisons-là qu’on a évoquées ensemble, ce ne sont que des raisons parmi d’autres. Il y a autant de raisons, je pense que d’histoires personnelles. Mais pour continuer à en lister quelques unes, on peut aussi parler des gens qui partent par amour. Je pense notamment à Hélène, qui va se reconnaître si elle nous écoute, que j’ai interviewée en saison 2 du podcast qui avait rencontré son chéri à Paris. Et il est Mexicain donc elle l’a suivi pour vivre avec lui au Mexique. Il y en a aussi qui partent pour avoir plus de soleil. C’était le cas pour Jean-Pierre, qui a choisi de passer sa retraite en Thaïlande, lui aussi qui avait rencontré l’amour en Belgique. Il était tombé amoureux d’une Thaïlandaise et il l’a suivi dans son pays. Il y avait aussi Clémence et Fabien qui ont monté leur maison d’hôtes au Sri Lanka. Leur histoire est à écouter en saison 4, si vous ne l’avez pas encore fait. Il y en a aussi qui partent pour des raisons beaucoup plus profondes. 

[00:04:02.500] – Virginie

Oui, je pense qu’il y a des personnes qui sont un peu poussées à partir parce que finalement, il n’y a plus beaucoup d’opportunités d’évolution de carrière dans leur pays d’origine. Et donc, c’est soit tu te délocalises, soit le licenciement arrive. Et puis, je pense aussi qu’il y a des personnes qui partent pour pouvoir vivre de façon plus sereine leur religion. J’ai vu ça en Malaisie, à Kuala Lumpur, que certaines personnes musulmanes étaient beaucoup plus libres de porter le voile, de vivre leur religion dans un pays musulman que dans des pays d’Europe, par exemple.

[00:04:37.130] – Cristina

Oui, ça me parle parce que j’avais interviewé Florence, qui a choisi de vivre en Israël malgré la guerre et qui se sentait en Israël beaucoup plus libre d’exercer sa religion juive là-bas. Et il y a aussi des gens qui vont fuir une situation douloureuse. Moi, je n’en ai pas rencontré. Et toi, Virginie ?

[00:04:58.990] – Virginie

Oui, Il y a des personnes qui vont partir pour fuir une relation douloureuse ou une expérience douloureuse, ou alors pour mettre de la distance entre eux et leur famille. Je pense qu’il y en a plus qu’on ne le pense et pour certains, c’est merveilleux. C’est une émancipation, c’est une quête initiatique et ça leur permet vraiment de se libérer, de se découvrir et de s’épanouir. Et je pense que pour d’autres, en fait, les problèmes les rattrapent. Parce que quand on part, on a beau vouloir mettre de la distance, on prend tous nos bagages avec nous et les problèmes familiaux peuvent nous rattraper.

[00:05:34.210] – Cristina

Oui, et quelle que soit la raison du départ, on sait que l’expatriation, c’est compliqué. Vraiment, pour plein de raisons, on va y revenir ensemble. Est-ce qu’il y a des motifs qui conduisent forcément à un échec ? Est-ce qu’il y a une sorte de liste de questions à se poser avant de se lancer en expatriation pour être sûr-e de prendre la bonne décision ? Nous, on avait fait un tableau avec une liste de critères, donc il y avait l’anglais pour les enfants, il y avait la possibilité de retrouver du travail pour moi. Enfin, bref, et surtout, le fait qu’on reste proches de nos familles géographiquement. Angleterre-France en une journée, en voiture, on y est. Est-ce qu’il y a des critères ? Est-ce qu’il y a des mauvaises raisons de partir qu’il faut absolument éviter ?

Il est fondamental de savoir « pourquoi » on part car l’expat est un catalyseur

[00:06:22.460] – Virginie

Je pense que toutes les raisons peuvent être bonnes ou mauvaises et tout dépend du contexte, de la façon dont on prend la décision. Comme je l’ai dit, je pense que fuir, c’est la moins bonne des idées parce que l’expatriation est un chamboulement, un catalyseur qui fait remonter plein de choses à la surface. Donc c’est déjà compliqué comme ça. Mais si en plus c’est une fuite, ça va vraiment être compliqué. Moi, je dirais qu’on doit savoir pourquoi on part. On doit avoir des critères de pourquoi, pour l’anglais, pour les finances, etc. Et surtout, si on est en couple, c’est que ce « pourquoi » soit aligné. Qu’il n’y en ait pas un qui juste suit et qui ne sait pas trop bien ce qu’il va faire. C’est que ce soit un projet avec une raison valable pour les deux.

1ère difficulté: le choc culturel

[00:07:03.880] – Cristina

Oui, c’est très important ce que tu dis. Se rappeler pourquoi on part. Moi, c’est ce qui me permet de garder le moral, de surmonter les difficultés. Parce qu’il y a des phases de down. C’est aussi très intéressant ce que tu dis sur le jeyser. Je n’avais jamais pensé à ça que l’expatriation est un catalyseur. C’est pour ça que tout est tellement +, c’est-à-dire plus difficile. Les émotions sont décuplées et oui, on est comme dans un rollercoaster en permanence en expatriation. Bon, c’est vrai qu’il y a plein de difficultés. Les connaître vous aide à mieux vous préparer. Il faut vraiment en avoir conscience avant de se lancer dans cette aventure de l’expatriation. Il y a une des grandes difficultés au départ, c’est le choc culturel. Est-ce que tu peux nous rappeler ce que c’est ? Ça fait pas trop mal, rassure-nous quand même ?!

[00:08:06.080] – Virginie

Non, non, l’expatriation c’est juste qu’il faut se préparer, effectivement. Alors, je dirais que le choc culturel, c’est notre réaction personnelle au changement de contexte. Donc, en fonction de la destination, il va être plus ou moins grand parce que certains changements sont visibles dès notre arrivée. Par exemple en Asie, c’est la chaleur, l’humidité, la pollution, le contraste entre les maisons traditionnelles aux gratte ciel, la technologie, la langue, la densité de population… Tout ça, c’est très visible dès qu’on sort de l’avion. Et dans d’autres pays, par exemple, en Europe, ça va être moins visible, on va se dire « finalement, c’est un peu comme chez nous ». Et on va se rendre compte qu’il y a un choc culturel au fur et à mesure des rencontres, parce qu’on ne va pas forcément faire les choses qu’il faut faire en contexte. Et le choc culturel va être grand ou petit, en fonction vraiment des personnes. Certaines personnes vont adorer les changements. Ça va être pour eux très excitant. Ils vont s’adapter de façon très naturelle. Et pour d’autres, ça va être très compliqué. Ils vont être sensibles et vont être complètement déboussolés, désorientés au départ. Et je pense qu’il faut aussi noter que le contexte peut poser de nouvelles questions. C’est-à-dire qu’on va peut être rencontrer des façons de vivre, des façons de faire qui peuvent nous choquer, qui peuvent vraiment nous déstabiliser, déstabiliser ce qu’on pensait pour acquis. On avait certaines certitudes qu’il fallait faire comme ça et pas comme ça. Et tout d’un coup, c’est différent, donc ça va nous questionner. Et c’est aussi cette façon-là d’absorber ce choc et de s’adapter ou pas.

[00:09:43.280] – Cristina

Oui, c’est ça. J’avais utilisé une image que j’avais partagée dans les réseaux sociaux: l’image du poisson rouge qui est dans son bocal. Donc, en France ou en Belgique ou ailleurs, ou en Suisse, on est dans notre bocal, on nage tranquillement, on connaît les moindres recoins de ce bocal. Et puis on va sauter dans un autre bocal ou peut-être l’eau n’est pas à la même température ou elle est carrément salée. Et on va avoir des petits problèmes d’adaptation. Et puis surtout, les autres poissons, ils n’ont pas la même tête que nous. Je trouve cette image correspond bien pour illustrer le choc culturel. Donc, il faut tout réapprendre dans ce nouvel environnement. Il y a deux autres difficultés qui s’ajoutent, c’est de comprendre une nouvelle langue parfois et surtout de trouver du travail. Parce que à 90%, c’est quand même la femme qui suit et nous sommes des femmes modernes. Et trouver du travail, pour nous, c’est important.Je voudrais citer l’exemple de Marianne, qui nous parlait en saison 5 du podcast, de sa difficulté à apprendre le finnois pour pouvoir trouver du travail.

Retrouver du travail mais pas à n’importe quel prix !

[00:10:55.880] – Virginie

J’ai aussi été en Finlande et je peux te dire que le finnois, c’est franchement difficile. Donc oui, la langue, c’est d’office un facteur qui va supporter l’adaptation à l’expatriation, oui ou non. Donc, c’est un renseignement à prendre et il ne faut pas seulement penser à la langue courante, qui peut être l’anglais. Parce que beaucoup de pays utilisent l’anglais comme langue courante, mais il faut aussi penser à la langue qui est utilisée au travail parce que souvent, même si l’anglais est utilisé dans la vie quotidienne, il est requis de pouvoir parler la langue locale dans le contexte du travail. Ensuite, comme tu le disais, il existe la difficulté de la langue pour chercher du travail. Mais avant de partir, il faut vraiment se renseigner pour le conjoint suiveur s’il peut obtenir un visa, s’il peut légalement travailler. Déjà là, c’est une grosse question. Et ensuite se pose la question de quel type de travail la personne va pouvoir trouver ? Parce que si les conditions salariales et d’horaires font que c’est un salaire minimum pour un horaire de 9 heures 17 heures et que ce salaire va couvrir juste la nounou pour s’occuper des enfants. Ben voilà, ça va peut-être pas être possible et peut-être la meilleure solution pour la famille.

[00:12:19.060] – Cristina

C’est pour ça d’ailleurs qu’il y a pas mal de femmes qui se tournent du coup vers le bénévolat parce qu’elles ne peuvent pas travailler pour des raisons de visa et elles se disent « non, mais à ce salaire-là, autant que je m’occupe des enfants, que je complète par une autre expérience qui va être aussi enrichissante, qui va m’ouvrir vers la culture du pays et me faire sentir utile surtout »

[00:12:39.730] – Virginie

Tout à fait. Je pense que c’est ça. C’est vraiment d’avoir un projet aussi pour la personne qui accompagne et pas se sentir inutile et sentir qu’on contribue qu’on a un impact dans le nouveau pays.

L’expat est une opportunité de mieux se connaître, se rédecouvrir, se réinventer

[00:12:51.400] – Cristina

Oui, se sentir utile, avoir un impact parce qu’ une conséquence de tout ça quand on n’a pas de travail, c’est une perte d’identité. Je l’ai vécu, moi, personnellement en Suède, où j’ai cherché pendant deux ans désespérément un poste. Et puis, après Badaboum, il a fallu rentrer. Quelle frustration ! C’est vrai qu’on se retrouve dans un pays qu’on ne connaît pas, une culture qu’on ne connaît pas. On n’a pas de travail et le regard des autres nous voit souvent comme juste « une femme de », « une maman de ». Il y a vraiment de quoi se sentir un peu perdu-e. C’est un vrai challenge cette perte d’identité ?!

[00:13:27.200] – Virginie

Oui, c’est quelque chose dont on ne parle pas souvent avant l’expatriation. Je pense que c’est une vraie frustration, une vraie difficulté la perte d’identité. Moi, je le vois dans les sessions de coaching parce que dans nos pays d’origine, on s’identifie par rapport à notre travail. C’est vraiment une des questions sociales. Après, « comment qu’appelles tu ? » On va te demander « que fais-tu ? » Et tu vas dire « je suis product manager chez ABC et je gère des projets x, y ». En expatriation, on va poser la question de « tu fais quoi ? » « – Rien ». Ou en tout cas, on a l’impression au départ qu’on ne fait rien parce que c’est le travail qui définit normalement ce qu’on fait. Donc, c’est une question qui tue au départ. Donc, il faut pouvoir effectivement trouver une identité en dehors du travail et on a une identité en dehors du travail. Mais pour beaucoup de femmes, c’est complexe parce que elles ne savent pas. Elles ne sont pas conscientes des talents, des qualités, de l’expérience, de leur compétence qu’elles ont en dehors du travail. Et même parfois, elles ne savent pas ce qu’elles veulent faire en dehors du travail. Donc, c’est vraiment une introspection pour aller retrouver, se retrouver, retrouver ce qu’on sait faire, ce qu’on aime faire et bouger. Parfois, il faut effectivement du support et c’est ce que j’apporte dans les sessions de coaching. Mais pour moi, justement, l’expatriation, c’est une opportunité unique de se poser ces questions-là, en fait de se retrouver et c’est une opportunité qu’on n’a pas si on fait du « métro boulot dodo » dans son quotidien. Et souvent, on va commencer à se poser dans son pays d’origine quand les choses ne vont pas ou peut-être quand on est à la limite du burn out. L’expatriation, c’est dur, mais c’est la chance de se poser ces questions-là et souvent de se réinventer. Comme on l’a dit, certaines personnes vont faire du bénévolat et d’autres personnes vont se lancer dans l’entreprenariat et monter leur propre société parce qu’elles ont vraiment retrouvé une passion qui était là, mais qui était inexplorée.

[00:15:26.920] – Cristina

Oui, c’est vrai. On a parlé de choc culturel nouvelles langues, recherche d’emploi, perte identitaire. Ça fait beaucoup. Mais au delà des difficultés, il y a une véritable opportunité, comme tu le dis, d’introspection. L’expatriation est un véritable accélérateur de développement personnel. Est ce qu’il y a d’autres difficultés qu’on pourrait citer ?

[00:15:47.620] – Virginie

Je pense qu’il y en a d’autres et que ça dépend d’une personne à l’autre. Il y a d’autres challenges, d’autres opportunités, d’autres défis à relever. Je pense au networking. Ce n’est pas évident. Certaines personnes sont très timides ou introverties. C’est sûr que quand on va en expatriation, il faut pouvoir créer du lien immédiatement et se créer un réseau de support. Il y a aussi le rôle de full time mum qui n’est pas donné à tout le monde parce que certaines personnes vont devenir « folles »avec de rester juste avec leurs enfants et ont besoin de trouver autre chose. Et puis, il y a aussi la discussion de l’argent, de contribution au ménage. Dans le pays d’origine, ce n’est pas une question. Et tout d’un coup, avec l’expatriation, on va parler argent. C’est une question qui va émerger un peu « out of no where » et on va devoir discuter de comment on contribue à la famille. Et ça peut être douloureux.

[00:16:37.330] – Cristina

Oui. Il y a différentes manières de présenter des choses. On parle de difficultés, mais c’est aussi des défis et des formidables opportunités. Parce que moi aussi, j’allais pas spécialement vers les autres. Et en expatriation, on est obligé d’aller vers les autres, de s’ouvrir. Et c’est génial. En fait, cela fait partie des super pouvoirs de l’expatriation qu’on acquiert et que les invités partagent épisode après épisode. Donc plein de difficultés, mais quand même une expérience super enrichissante. Maintenant, je vais vous parler chiffres puisque la dernière enquête Expat de communication 2021 est sortie: 95% des expatriés interrogés dressent un bilan très positif de leur expatriation. C’est vrai que les invités du podcast, quand je leur demande à la fin « Mais tu as quand même galéré. Si c’était à refaire, t’es sûr-e que tu le referais ? Ben oui. Et sans hésiter, ils me disent UN GRAND OUI. Parce que si on se prépare, les difficultés se surmontent. Virginie: comment on se prépare ? Parce que voilà les grandes paroles c’est bien beau. Mais concrètement, on fait comment ?

Comment bien préparer son expatriation ?

Se renseigner avant le départ

[00:17:47.170] – Virginie

Oui, je pense qu’il y a certaines clés pour se préparer. D’abord, se renseigner avant le départ. Savoir dans quel pays on va tomber, quelle est la culture, la langue, la situation économique, politique. Puis de se renseigner sur les aspects pratiques: le coût de la vie, la maison, le logement, l’école, la voiture, les activités pour les enfants, les soins de santé. Se renseigner pour le conjoint suiveur, si c’est possible ou pas de travailler car cela peut provoquer vraiment des difficultés, un gros écart. Si c’est possible, se rendre sur place pour sentir un peu l’atmosphère, si ça nous plaît, si on se sent bien dans cette nouvelle ville, ce nouveau pays. Et je dirais aussi ce qui est super important et c’est plus facile aujourd’hui avec les réseaux sociaux, c’est de se créer un réseau de support avant d’arriver. Donc vraiment utiliser Facebook, Instagram, Internet, WhatsApp et de poser déjà toutes les questions possibles et imaginables pour savoir où on met les pieds pour dégrossir toute une partie des aspects pratiques.

Bien savoir pourquoi on part et COM-MUN-IQUER !

[00:18:53.950] – Cristina

Oui, les aspects pratiques, c’est important, mais ce qu’il y a vraiment de plus important c’est vraiment: pourquoi on part, quels sont nos besoins, quelles sont nos envies. Pas juste de suivre la tendance. Parce que c’est aussi votre expatriation à vous. Je parle aux femmes qui suivent leurs chéri-e-s parce que quand on part en couple et en famille, ça peut être encore plus compliqué. Parce que des fois, on n’a pas les mêmes attentes face à ce projet d’expatriation. Est-ce que tu as un conseil là dessus ?

[00:19:28.840] – Virginie

Oui, mais comme on l’a dit, c’est de savoir pourquoi et de beaucoup communiquer. Je crois que la communication est vraiment la clé. Il faut vraiment discuter des attentes, des besoins, des émotions, des objectifs de chacun, que ce soit pour le couple, mais aussi pour la famille, si on embarque les enfants. Comment est-ce qu’ils le vivent ? Comment est-ce qu’ils pensent que ça va être ? Est-ce qu’ils sont contents, pas contents avant, mais aussi pendant. Pouvoir vraiment discuter de tout ça pendant, parce qu’il va y avoir des hauts et des bas, ça, c’est sûr. Et qu’il va y avoir une adaptation. Donc, il faut pouvoir garder cette communication ouverte. Je pense aussi que ce qui est important, c’est vraiment de discuter des rôles et responsabilités de chacun parce qu’ils vont être bousculés. Ce seront plus les mêmes. Et de pouvoir vraiment en parler en disant « je travaille donc toi, tu vas t’occuper plus des enfants ». Est-ce que chacun est d’accord avec cette nouvelle répartition des tâches et aussi de l’aspect financier et émotionnel de tout ça. La dernière chose, c’est qu’on peut se préparer au maximum, mais ça reste l’inconnu. Pour moi, c’est un peu comme quand on décide d’avoir un enfant. On sait pourquoi. On a envie de fonder une famille. On est alignés. Après, est-ce qu’on sait où on s’embarque ? Non.

[00:20:45.580] – Cristina

Oui, c’est vrai que souvent, les invités, me le disent aussi. Souvent, je pose la question « Qu’est ce que tu aurais aimé savoir ? » Ils me répondent: « – J’ai réfléchi à la réponse que je pouvais donner, mais je n’aurais pas pu prévoir tout ce qui m’est arrivé et tout ce que j’ai appris. » Donc, il faut aussi accepter ça. Ça reste une aventure. On ne peut pas tout prévoir. Et il y a un aspect sur lequel je voulais revenir, c’est par rapport au couple, parce que c’est frustrant de ressentir qu’il y a un décalage avec l’autre et qu’il ne comprend pas. C’est pour ça que la communication, c’est vraiment important. C’est que des fois, le ou la chérie ne comprend pas toujours pourquoi on se plaint. C’est pour ça qu’il faut communiquer. Et puis, il y a un autre aspect, c’est la solitude. Moi, je trouve que c’est vraiment pesant. Est-c que tu l’avais aussi ressenti toi ?

S’ouvrir aux autres et oser dire quand ça ne va pas

[00:21:36.220] – Virginie

Je pense que moi, au début, j’étais un peu en mode attentiste. J’ai revêtu le rôle du conjoint qui suit et donc je m’occupais de la maison et j’attendais que mon mari rentre pour avoir une discussion. Et c’était hyper frustrant. Je pense qu’il faut un peu de courage, mais en fait, il ne faut pas attendre l’autre pour se créer sa propre vie en expatriation parce que sinon, on risque de s’oublier et d’être isolé-e. Donc, dès le départ, essayer de se créer son propre réseau et pour ça, il faut oser vraiment explorer et ensuite choisir. Et il y a plein de façons différentes de se créer un réseau dès l’arrivée. Ça peut être via les ambassades, les activités locales ou via les activités qui sont organisées par les groupes d’experts internationaux. Il y a le voisinage, l’école des enfants, le boulot du mari. Il y a aussi des hobbies. Si on a des loisirs, on essaye de les refaire dans le nouveau pays. Et donc, au début, c’est vraiment oser participer, se montrer, être présent, être là, tisser du lien, même si c’est inconfortable, parce qu’on n’est pas à l’aise dans la langue. On n’est pas à l’aise avec les gens en général parce qu’on est introverti. Mais voilà, il faut se challenger, y aller parce qu’il suffit d’une ou deux ressources pour se sentir moins seul-e, moins isolé-e. Il faut vraiment sortir et demander les choses essentielles. Parce qu’au départ, tout est compliqué. On doit savoir où aller faire ses courses, où est la poste, trouver un docteur, savoir quelles sont les activités parascolaires, par exemple pour les enfants. Donc, il faut s’ouvrir, pouvoir oser demander du support et aussi oser dire que ça ne va pas aux personnes qu’on croise, aux amis qu’on croise dans l’école. Je me souviens d’un épisode qui m’a marqué au tout début. J’étais à l’école de mes enfants et je croise une amie qui pose la question innocente: « comment vas tu? ». Et je me suis effondrée parce que ça n’allait pas. Et je gardais tout pour moi. Et vraiment, le fait de pouvoir en parler et de se rendre compte, en fait, que tout le monde passe par là, que tout le monde a été « nouvelle » en expatriation, ça permet de ventiler, puis ensuite de tisser des liens et de savoir un peu ce qu’il faut faire, pas faire. Au départ, ça va aller dans toutes les directions. Et puis après, il faut un peu se recentrer, je pense, et choisir ce qui nous convient. Parce qu’au départ, on va faire toutes sortes de rencontres et peut-être des rencontres qui ne sont pas vraiment alignées avec qui on est. C’est important de se poser la question et de se recentrer, de dire ça, je garde, ça je ne garde pas, que ce soit en amitié ou au niveau des hobbies, au niveau du travail, de la famille, etc.

[00:24:34.610] – Cristina

Oui, c’est vrai. Moi, j’avais fait un peu le chemin inverse, c’est-à-dire que j’étais tellement focalisée sur ma recherche d’emploi que j’avais un peu l’impression, avec le recul, d’avoir raté mon expatriation parce que je ne suis pas allée explorer plus que ça. Je n’ai pas rencontré plus de monde que ça. Je voyais bien qu’il y avait des mamans qui organisaient des cafés. Je me disais « punaise, elles passent leur temps à papoter et à faire du café, mais moi, il faut que je trouve du boulot ». Donc attention quand même à oser explorer et oser dire que ça ne va pas. Et se rappeler aussi qu’on est à l’étranger et c’est aussi pour découvrir une autre culture. Donc c’est pas évident et c’est très personnel finalement. Il n’y a pas de solutions toute faite. 

Prendre le temps et profiter

[00:25:22.320] – Virginie

Effectivement, il n’y a pas de solutions toutes faites. Et on connaît la courbe d’adaptation à l’expatriation. Mais chaque personne ne s’y retrouve pas parce que dans cette courbe, ils disent que, au départ, tu es super excité-e, c’est génial. Certains non en réalité. Au départ, ils ne sont pas bien. Après, je crois qu’il faut vraiment faire attention au contexte. Parce que c’est naturel de vouloir prendre le contrôle. Peut-être dans ton expérience, tu as voulu faire la même chose que tu faisais en France parce que le travail te définissait et tu voulais d’une certaine façon avoir un travail pour reprendre un peu le contrôle dans toute cette nouveauté. Je pense qu’il faut pouvoir observer le contexte et se rendre compte de ce qui est possible ou pas et ne pas s’entêter parce que peut-être que c’est juste pas possible et qu’on va perdre tout son temps et son énergie là-dedans. Donc peut-être prendre plus le temps d’observer au départ. Mais savoir que ça peut aller très lentement parce que tout va prendre du temps au début. Parce qu’on doit prendre ses marques à tous les niveaux: au niveau du couple, des enfants, de la famille. Et il y a ce doux équilibre à trouver entre planifier ce qui est essentiel, ce dont on a besoin, ce qu’on veut savoir sur le pays et puis à un certain moment lâcher prise et profiter de ce qui est là, profiter du moment présent et de trouver le positif dans les petites choses. Et il y en a. Et à partir du moment où on a ce mindset, ça devient beaucoup plus facile.

[00:26:58.440] – Cristina

Oui, c’est ça. Et dans nos sociétés, tout va à 100 à l’heure. On a l’habitude de rentrer dans le moule très rapidement. Et tu as raison, tout prend du temps et c’est difficile à accepter. Mais ce temps, il est nécessaire. Et si je compare mon expatriation en Suède et mon expatriation en Angleterre, c’est le jour et la nuit. Parce qu’en Suède, je n’avais qu’une idée en tête, c’était trouver du travail. Mais j’ai compris qu’être avec mes enfants aussi, c’était important. Il fallait que j’aie un projet à moi. Et ce projet, ça a été le podcast et vraiment, je me sens beaucoup mieux dans cette expatriation en Angleterre parce que je suis alignée avec ce que j’ai envie profondément, c’est-à-dire m’occuper de mes enfants d’un côté, et puis avoir ce projet de podcast qui me permet de garder un certain dynamisme professionnel. Est-ce que tu as quelque chose à rajouter par rapport à ça ?

L’expatriation c’est l’opportunité d’une exploration externe et interne

[00:27:52.170] – Virginie

Je pense vraiment profondément que l’expatriation, c’est vraiment l’opportunité pour vivre une nouvelle vie, pour réfléchir à ce dont on a vraiment envie. C’est une exploration externe parce que ça peut être plus exotique, on va découvrir plein de nouvelles choses. Mais c’est aussi une exploration intérieure. Et du coup, on se retrouve, on retrouve nos valeurs, nos envies et on se réinvente. Toi, dans le podcast, et moi en tant que coach.

[00:28:22.500] – Cristina

Tu finis en beauté cette interview, Virginie. Un grand merci de m’avoir aidée à préparer cet épisode. Si vous souhaitez vous faire accompagner dans votre expat, surtout, il ne faut pas avoir honte de ça. Parce que franchement, moi, si je l’avais fait avant de partir en Suède, même avant pour ma toute première expat à Madrid, que j’ai considérée comme une parenthèse, franchement, ça m’aurait évité des tonnes de frustrations. Un dernier mot, Virginie ?

N’hésitez pas à vous faire accompagner !

[00:28:55.990] – Virginie

Oui je pense qu’il ne faut pas hésiter à demander du support. Je pense aussi qu’une expatriation n’est pas une autre et très personnelle, et les personnes qui ont fait de multiples expatriations le savent. Chaque expérience est différente avec ces challenges et ses trésors. Donc, quand ça se passe bien, tant mieux. C’est super, c’est très exaltant. C’est plein de richesses et de découvertes. Mais pour beaucoup, ça peut être compliqué parce qu’il faut vraiment retrouver un équilibre personnel et familiale. C’est une transition importante. J’aime bien prendre l’image d’une boîte. On met tous les acteurs dans la boîte, le mari, nous, les enfants. Et puis on la secoue un bon coup. Puis on voit comment tout retombe. Cela ne retombe pas à la même place, c’est très différent. Il faut retrouver cet équilibre. Donc ne pas hésiter à en parler. Ne pas hésiter à dire ce qui se passe pour nous et à demander du support si c’est nécessaire.

[00:29:55.050] – Cristina

Un grand merci Virginie. Les auditeurs peuvent te contacter pour prolonger la discussion. Et qui sait, peut-être te demander de l’aide. En tout cas, j’ai hâte de te retrouver pour préparer un autre épisode, mais cette fois sur un autre thème qui nous est cher: le retour. Quand est-ce qu’il faut rentrer ? Aïe, aïe, aïe. On va en parler ensemble. À très bientôt Virginie !