[00:00:21] Pour ce mois d’août, je vous propose une série d’épisodes pour faciliter votre atterrissage dans un nouveau pays d’accueil. Ce premier hors série est consacré à l’adaptation en expatriation. Je vous invite à revivre l’échange très complet que j’ai eu avec Jenny Baumat, une jeune Suissesse de 29 ans fraîchement installée à Hong Kong. Quelles sont les grandes phases d’adaptation d’expatriation? Pourquoi vit on de véritables montagnes russes émotionnelles? Combien de temps ça prend pour se sentir comme un poisson dans l’eau à l’étranger? 

S’adapter en expat ça prend du temps

Cristina [00:00:51] On va essayer justement de voir toi où tu en es et de rassurer nos auditeurs sur le fait que s’adapter dans une dans un nouveau pays, une nouvelle culture, c’est pas évident. Au départ, c’est tout beau, formidable, comme tu nous en parlais. Ensuite, on a eu une phase de doute, un petit peu ou d’adaptation en fonction des pays. Naturellement, ça va se mettre en place et on va se sentir comme un poisson dans l’eau dans son pays. Mais ça met quand même pas mal de temps. Alors, on a vécu avec toi la fois d’avant, la lune de miel. Lors d’une phase de lune de miel qui dure quelques mois, on est émerveillé et on découvre le pays. Donc toi tu es allée dans les salons de massage avec ton chéri. On se sent quelque part comme en vacances. Et ensuite, c’est ce qu’ils disent là dans l’article que j’ai trouvé “la réalité s’impose et devient moins idyllique”. Ça fait un peu flipper, 

Jenny [00:01:51]  J’avais retenu la phrase qui disait “ne pas perdre espoir, lorsque tu as le sentiment que tout est difficile, que c’était mieux avant et que les doutes s’installent”. 

Cristina [00:02:40]  Je remettrais sur la page de cet épisode le lien vers cet article qui évoque la fameuse courbe en U de l’adaptation en expatriation. Au départ, ça monte, on est heureux. C’est une phase de lune de miel qu’a connu Jenny quand elle est allée dans les salons de massage. Ensuite, ça redescend. C’est le choc culturel. Et après, ça remonte. Bien sûr la phase de choc culturel va dépendre du pays dans lequel on se trouve. On va se retrouver plus ou moins en décalage et ce choc culturel va être favorisé aussi par la pratique d’une langue différente. Tu me disais qu’on parlait anglais à Hong Kong. Est ce que toi, tu as connu un choc culturel à Hong Kong? 

La barrière de la langue

Jenny [00:03:23] Alors, le choc culturel au niveau de la langue c’est vrai que au début, je ne l’ai pas forcément eu parce que j’ai rencontré beaucoup d’expatriés. Des collègues aussi de mon copain. Des contacts via des amis. Et puis, je pense que naïvement, je pensais que tout le monde parlait anglais. Et une fois qu’on prend le temps de se promener dans les rues, d’aller au marché, de sortir du centre et d’aller sur les terres. Il y a énormément de gens qui ne maîtrisent pas forcément l’anglais. Donc, c’est pour ça que je me remets aussi en question. Et puis, je me rends compte que tout n’est pas évident. Il y a quand même tout le temps ce langage universel du sourire. Et puis là, par exemple, on a des voisins qui sont plus âgés et qui ne parlent pas forcément anglais. A chaque fois qu’on se croise, on fait juste un grand sourire. C’est notre façon de se dire bonjour. 

Cristina [00:04:24] Mais oui, exactement. Il y a d’autres manières de communiquer. Et le sourire, oui. Là, c’est universel. Si on te sourit, on sait que c’est quelqu’un qui est bienveillant et tout va bien se passer. 

Jenny [00:04:43] Je me suis rendue compte que tout le monde ne parlait pas anglais. Mais ce n’est pas quelque chose non plus qui m’a freinée. J’ai plutôt eu envie, tout d’un coup de me dire de prendre des cours de cantonais ou de mandarin pour s’approcher de ces gens là. Comme je cherche du travail dans le milieu culturel et artistique, on travaille beaucoup avec des gens, des techniciens, des ouvriers donc ils ne maîtrisent pas forcément parfaitement l’anglais. De pouvoir discuter avec eux ou même si il s’agit de business man ou mécènes en tout genre de pouvoir aligner quelques mots en cantonais ou en mandarin, je pense que ça fait toujours plaisir. Même juste remercier la personne ou prendre des nouvelles de sa famille ou tout simplement dans le taxi, donner sa direction avec 2 3 mots cantonais. Je crois que les gens apprécient quand même toujours cela.

Cristina [00:05:39] Bien sûr, parce que ça brise la glace. Et ça brise aussi le cliché de l’étranger qui vient donner des leçons ou pas. Mais on a toujours cette peur de l’étranger qui est assez naturelle. Et le fait de parler la même langue va un peu briser la glace et se mettre à la même hauteur, de se dire en fait “aide-moi justement à apprendre ta langue, j’ai envie de connaître. J’ai envie de comprendre la culture”. Il y a un autre aspect aussi qui est important, c’est que, en fait, on se retrouve donc dans cet environnement différent où on peut se sentir désorienté. Ou il y a un certain nombre de codes. Et il y a des personnes du coup qui doutent quant à ses capacités d’adaptation qui peuvent avoir une attitude parfois négative. Et d’où le fait que les “expats” ont une mauvaise image parce que on va dire “non, mais ils se retrouvent, ils se regroupent entre eux, ils sont dans leur quartier et tout”. Donc attention, ça peut, c’est vrai chez certaines personnes, bien entraîner un mouvement de repli vers la communauté expatriée, de dire bah c’est nous, les expats contre les locaux. Non, non et non. C’est-à-dire que, bien sûr, il faut rencontrer d’autres francophones pour échanger parce qu’on a les mêmes repères culturels. Donc, on va forcément échanger sur ce qui nous choque par rapport à nos propres valeurs. Mais ce contraste est normal. L’attitude négative est passagère et doit rester passagère.

Jenny [00:07:15] Exactement. Et c’est vrai. Je pense que dans un premier temps, le fait de se diriger vers des expatriés, dans ce cas-là, + des francophones ou des anglophones, c’est une façon aussi de se rassurer. Parce que, peut-être, on a plus de spontanéité aussi quand on s’exprime et on a l’impression d’être compris. C’est ça. C’est ça aussi que j’avais rencontré à l’époque, quand je m’étais installé en Suisse allemande. Justement, j’avais cette difficulté de discuter avec les gens et puis d’être moi même. En fait, c’est vrai que si on se replie vers des personnes qui ont la même langue que nous, c’est rassurant. Et quand on est un peu fatigué de notre journée. C’est vrai que c’est dur de faire le pas, d’aller vers les autres, mais je me rends compte de ça et je crois que j’ai justement envie d’apprendre quelques mots. Je pense qu’il faut des années pour maîtriser le cantonais ou le mandarin, mais rien de savoir dire merci. C’est déjà énorme. 

Cristina [00:08:13] Oui, c’est sûr. Donc, pour résumer des conseils à prendre, bien sûr. La langue du pays, en tout cas. Quelques mots pour briser la glace avec les locaux, se faire comprendre et comprendre ce qu’on nous raconte. Oui, et aussi relativiser de se dire je suis un peu désorientée. C’est pas grave, c’est normal. Ça prend plusieurs mois d’être dans cette phase un peu de choc où on se dit, mais je suis complètement désorientée et je n’arrive pas à retrouver mes repères. Ou je ne comprends pas ce qu’on dit. C’est stressant, c’est assez stressant, on se sent vraiment désorienté, mais c’est normal et ça passe. 

Rencontrer du monde aide à mieux s’adapter

Cristina [00:08:49] Et ensuite vient la phase d’adaptation et de réglage où là, on arrive vraiment à déchiffrer les comportements, à se les approprier, à accepter aussi bien les changements apportés par l’expatriation dans sa vie. Parce que, du coup, c’est un très gros changement qui va bien au delà de la nourriture, du cadre de vie. C’est vraiment, on se dit “mais qu’est ce que je fais là? Quelle est ma place dans cette société-là?” Et ça, c’est très important de passer cette phase-là et d’intégrer donc les valeurs des deux cultures. Le conseil à ce niveau-là et c’est ce que tu as déjà fait par toi-même Jenny, c’est de sortir, d’échanger, de rencontrer des gens pour vraiment intégrer toutes ces différences culturelles, se les approprier, échanger aussi des astuces, des anecdotes. 

Jenny [00:09:43] Exactement ce que je disais la dernière fois. Je me suis fixé un but il y a quelques semaines, c’était de rencontrer une personne nouvelle par jour, que ce soit dans le cadre professionnel. Pas forcément pour chercher du travail, mais plus de s’informer de ce qui se passe sur la scène artistique et culturelle ou autre. Également, tout simplement pour rencontrer des gens et puis se lier d’amitié. Donc, c’est vrai que j’ai fait. J’ai fait ça pour deux semaines. Aujourd’hui, je suis un peu fatiguée. Je vais continuer, mais là, je commence à avoir quelques repères, bien sûr. Et puis, il y a aussi des phases pour revenir sur ce que tu disais par rapport aux phases d’adaptation. Je crois que j’ai rencontré énormément de monde. C’est comme on en discutait avec mon copain dernièrement. Au bout d’un moment, ça fait aussi beaucoup de monde. Et puis, on sait plus qui sait qu’on a rencontré, on ne sait plus qui sait qui nous a raconté quoi. Du coup, là, je pense que je freine un petit peu. Et puis, j’essaye de creuser, de connaître un peu mieux ces gens et ces personnes avec qui j’ai fait connaissance. Justement, j’ai rencontré énormément de monde. Et puis là, je commence à me lier d’amitié avec certains. Donc, je passe un peu plus de temps avec eux. On commence à faire des activités. Ça fait du bien. J’adore rencontrer du monde, des nouvelles personnes, sortir, discuter, ça fait du bien. Mais c’est vrai que ça fait du bien quand on a aussi des habitudes.

Cristina [00:11:26] Oui c’est sécurisant la routine!

Jenny [00:11:27] Exactement, c’est ça. On en a besoin. Quand j’étais en Suisse, c’est ce que j’avais aussi. Donc, j’ai une autre copine aussi que je rencontre. De temps à autre, tous les jeudis. Ça me fait du bien de créer cette amitié avec elle. De pouvoir me confier. Comme tu le disais, c’est sécurisant aussi. 

Les montagnes russes émotionnelles en expat: des hauts et des bas

Cristina [00:11:50] Je trouve Jenny que tu as été très rapide au regard de ce que j’ai lu dans les documentations. Parce qu’ils disent la phase de lune de miel où on est émerveillé ça dure quelques mois. Toi tu es arrivée en août…! C’est ça?

Jenny [00:12:04] Oui, exactement. Je suis arrivée le 20 août. 

Cristina [00:12:09] Donc ça fait deux, trois mois. Ensuite, la phase de crise qui fait cinq mois. Enfin ça c’est des statistiques. Mais toi, du coup, t’es passé vite, vite fait. Tu as sauté cette étape, toi (rires!)? 

Jenny [00:12:23] Je ne pense pas. Il y a des sautes d’humeur, des moments d’angoisse et je pense que je suis dans cette courbe du U. Mais peut être, ça fait des U U U U U…  

Cristina [00:12:44] Les montagnes russes émotionnelles? 

Jenny [00:12:45] Exactement. Donc, il y a vraiment des jours où je me réveille et je pète la forme. J’en peux le plus. J’ai envie de rencontrer plein de monde. J’ai envie de découvrir plein de personnes, de faire plein de nouvelles rencontres. Et il y a des jours où je pourrais rester sous la couette et rester devant Netflix et ne plus bouger…! 

Cristina [00:13:10] Netflix en français avec des films en français. 

Jenny [00:13:13] Exactement, ou au moins sous titrés ou sous titrés, pour ne pas réfléchir et se laisser aller. Effectivement tout ne roule pas pour les gens qui nous écoutent. Je pense que j’ai plein d’énergie. Et puis aujourd’hui, c’est un beau jour, tout va bien, il fait beau et ça me fait plaisir de te voir donc j’ai plein d’énergie. Mais par exemple, ce week end, j’étais un petit peu fatiguée. Du coup, tout de suite, ma famille me manquait énormément. Mes amis me manquaient énormément. Et puis, d’un coup, bah justement, je me renferme un petit peu. Et puis j’ai le cœur serré. Alors ça, il faut le dire, tout, tout n’est pas rose. 

Cristina [00:13:56] Tout n’est pas rose. Absolument. 

Se rappeler pourquoi on est partis pour surmonter les coups de mou

Jenny [00:13:58] C’est normal. C’est à mon avis totalement normal, mais je ne crois pas que aujourd’hui ça fasse peur. Je me suis posé la question dans ces moments de descente comme ça. Si, il fallait que je remette tout en question. S’il fallait que je rentre. Si, au final, cette expatriation n’était pas faite pour moi. Je pense que je me poserai la question plein de fois, de toute manière. Mais au fond de moi, je sais que j’ai envie de vivre cette aventure. Au départ, j’ai suivi mon copain, mais je me suis vraiment appropriée ce désir de partir et j’en ai fait mon expérience aussi, à moi. À l’époque, j’étais partie à New York dans le cadre d’un Erasmus et ça n’a pas été facile tous les jours. Mais c’était plus évident parce que je savais qu’après six mois, je rentrerai. Là, je ne sais pas quand je vais rentrer. Donc, ces moments où le moral étant bas, ce n’est pas évident. Du coup, j’appelle la famille et ça me fait du bien. 

Cristina [00:15:11] Dans ces coups de mou, ce qu’il faut faire c’est se rappeler pourquoi on est là. De se dire OK, j’ai pris cette décision. Pourquoi je suis là? Et de se rappeler aussi l’émerveillement qu’on a eu dans la phase de lune de miel. Quand on est arrivé, on était émerveillé et on était heureux d’être là, donc bien se rappeler. Voilà pourquoi on est là. Ensuite, si on se rend compte et ça arrive à plein de gens et c’est OK, c’est OK aussi de se dire “ben je m’en vais”, mais c’est aussi important de se dire que “c’est normal”. Quand on est dans cette phase là, où on doute et on se dit mince, mais on doute de ses capacités ou de ce qu’on a sur son CV qui était valable en France ou en Suisse, ou en Belgique ou ailleurs, et qui n’est plus valable ou qui est regardé différemment. Disons qu’il rentre pas dans les cases du pays où on se trouve. On a souvent cette idée de se dire “bah mince”, je suis en train de repartir de zéro. On repart jamais de zéro comme tu le dis, et tu as acquis une expérience et “ta patte” c’est justement cette expérience là que tu as acquise en Suisse et ta personnalité qui ne sont pas les mêmes que les autres. Donc, il faut trouver ce petit truc qui les fera craquer (rires)! 

Jenny [00:16:43] Je pense que je suis sur la bonne voie et je ne vais pas laisser de côté l’enseignement, ni ni l’art et la culture. C’est vraiment quelque chose que j’ai envie de faire. Mais c’est pas si mal de se remettre aussi en question et d’imaginer d’autres choses. Ça me pousse aussi d’élargir mon champ de vision. C’est pas évident, mais ça fait du bien parce que je m’intéresse aussi à d’autres domaines et j’essaye de mêler mes connaissances à ces autres domaines, comme justement tout ce qui est dans le recyclage ou l’écologie… toutes ces associations qui sont mises en place… 

L’expatriation nous offre un autre regard sur notre vie

Cristina [00:17:22] C’est justement cette chance là que t’offre l’expatriation. Parce que si tu étais restée en Suisse, tu disais c’était hyper confortable. Voilà, t’avais ton job et tout ça, tes réseaux. Mais tu te serais pas posée ces questions de dire “mais au fait qu’est ce qui me fait vraiment… Qu’est ce qui m’intéresse? Et pourquoi je n’irai pas voir là… ou dans tel autre domaine. Et ça, on ne le fait – on peut le faire que si on est en expatriation. C’est l’expatriation qui nous offre cette liberté-là de choix. 

Jenny [00:17:54] Tu peux aussi le faire si tu restes dans ton pays d’origine.C’est juste que c’est plus difficile de sortir de cette zone de confort. C’est vrai que de dire “OK, non, j’arrête et maintenant, j’investis donc quelque chose de nouveau”, je pense, c’est possible. Mais c’est vrai que ça demande beaucoup d’énergie. 

Cristina [00:18:15] C’est un gros effort de remise en question quand t’es installée dans une routine qui fonctionne… Je voulais finir l’interview en parlant de ce qui t’attendra plus tard si vous décidez de rester. Donc, il y a eu la phase de lune de miel, l’émerveillement au bout de quelques mois. La phase de crise qui prend quelques mois. Une phase d’adaptation et de réglages. T’es en plein dedans et qui met quand même pas mal de temps, au moins un an.

Comme un poisson dans l’eau: de l’adaptation à l’intégration

Et ensuite une phase de maîtrise ou de maturité. Ils disent “au bout de deux ans”, ensuite, ça dépend toujours du pays, de la personne, bien sûr, et de la durée de la phase d’adaptation. Mais là, cette phase de maturité est bien là. L’expatrié, il est comme un poisson dans l’eau. Il s’est acclimaté à sa vie, dans son nouvel environnement. Il a une attitude positive par rapport à tout ce qui l’entoure. S’il a retrouvé en plus une routine, un métier, il se sent bien et il tire les points positifs de son expérience. Il s’ouvre de plus en plus à l’extérieur. Il a confiance en lui et en ses capacités et il s’imprègne de la culture locale. Voir ce que disait l’article de Expats Parents. On a ce qu’on appelle “des comportements biculturels parce qu’on va intégrer complètement la tradition du pays”. Par exemple, en Espagne, par exemple, on va faire des tortillas, sortir, manger des tapas. Et puis, on va quand même faire la galette des Rois à la française avec la frangipane. Donc, on va progressivement intégrer cette double culture. Et tout ce qui est autour de nous, qui était étrange, devient ordinaire. Donc ça va être vraiment une routine, mais une routine où on se sent super bien. Donc dans ces cas là.

Rester ou rentrer en France?

Quand ça t’arrivera, n’oublie pas, tu soutiens ceux qui galèrent, qui se posent des questions et surtout, tu kifferas parce que tu seras bien et se posera la question effectivement, pour ceux qui y sont déjà de se dire “bah, on réfléchit tranquillement “on reste vraiment pour de bon? ou on rentre en France”. Et ça, on verra où on en sera. Moi, je me pose la question aussi. Moi qui suis en Angleterre depuis 2 ans. Là, on y sera encore pour 5 ans, mais on se dit mais en fait, pourquoi pas? Pourquoi ne pas rester ici? Le Brexit n’aura pas raison de nous. Et puis, c’est vrai qu’on n’est pas loin. Je pense que quand tu es loin, tu te poses la question de rentrer avec les parents vieillissants. C’est un peu plus difficile. Mais voilà, chacun sa réflexion. En tout cas, s’il y a retour, il y a un choc culturel inversé. Mais nous, on ne parle pas du retour dans Expat Heroes. Mais il faut savoir aussi que c’est un choc culturel inversé où on a la lune de miel, la phase de détestation, pourquoi je suis rentrée… 

Jenny [00:21:30] En ayant aussi déménagé dans plusieurs villes de Suisse, même à l’intérieur de mon pays en étant dans de nouvelles villes,  je ressentais ça alors un autre niveau, je pense. De toute manière, le déménagement y’a un peu eu ce truc au bout d’un moment, on est là: “ah non, qu’est ce que je fais là? Il faut que je parte”. 

Cristina [00:21:54] Non, mais là, pas tout de suite. Là t’es dans la phase d’adaptation. 

Jenny [00:22:00] Je pense que je suis un peu dans toutes les phases… 

Cristina [00:22:04] Nan tu commences à kiffer en fait les montagnes russes… La 1ère fois que tu montes dans un manège tu connais pas trop les courbes…

L’expat pousse à s’écouter et à mieux se connaître

Jenny [00:22:15] Je pense qu’il faut être à l’écoute de soi-même. C’est très important. Quand j’ai des moments de doute, je me remets en question – alors pas se remettre complètement en question parce que c’est totalement normal comme tu le disais, comme l’explique ce super article dont on parlait. Mais je crois que c’était aussi pour ça que j’avais envie de tenter l’expérience de l’expatriation. Comprendre. Et puis, en fait, je remarque depuis que je suis arrivée, je suis énormément à l’écoute de moi-même et j’analyse aussi ma façon d’être et qui j’ai envie d’être et mes émotions. Et il y a des jours où c’est très dur, mais il y a des jours où ça fait du bien et je me découvre énormément dans cette expatriation. Alors, ce n’est que le début. Il se peut que d’ici 6 mois je dise “Oh non, je n’en peux plus, je rentre” et il se peut que ça prenne des années…

Cristina [00:23:12] C’est fou comme ça permet effectivement de se connaître, de se dire “OK, qu’est ce qui est important pour moi, en fait? Qui est important pour moi? Qu’est ce que j’ai envie d’être de devenir plus tard? 

Les relations avec les proches sont plus intenses en expat

Jenny [00:23:28] Exactement et je le sens, avec les contacts aussi avec mes amis et ma famille. Je vois aussi que avec mes parents et ma soeur, on s’appelle et on parle beaucoup plus, c’est plus fort, et on partage énormément quelque chose qu’on ne faisait pas avant. Alors on le faisait de toutes manière. Mais là, justement, quand on s’appelle, on a envie de partager beaucoup. C’est très sincère et ça fait du bien. Et c’est pareil avec les amis. Tout d’un coup, il y a aussi beaucoup plus de “Je t’aime” et des sentiments qui passent. Donc, ça fait du bien aussi. J’ai envie de préciser que je ne suis pas partie pour ça. Pas du tout, parce que je sais que ces gens, je les aimais de toute manière. Mais je crois que j’avais besoin d’un nouveau souffle aussi. Et puis, sur ma carrière, sur la culture, me rendre compte. Et c’est vrai que dans mon tempérament, je ne pense pas que j’aurais pu faire ça trop tard non plus l’expatriation. J’ai eu l’opportunité avec mon copain qui partait et j’avais envie de la saisir. Et ça faisait des années que j’avais envie de partir. Et puis même, à quoi bon, si dans six mois je dois rentrer, ça m’aura fait du bien. 

Cristina [00:24:44] Tu l’auras vécu bien sûr. Bien sûr. S’écouter.

Jenny [00:24:49] Exactement. Aujourd’hui, je suis vraiment à l’écoute de moi-même quand il y a aussi des choses qui ne vont pas. J’ai le droit d’être triste ou j’ai le droit de le dire à mon partenaire… Donc je suis, je suis bien aujourd’hui. 

Se bouger oui mais s’écouter toujours

Cristina [00:25:05] C’était un plaisir Jenny de te revoir. Vous la voyez pas Jenny je mets des photos mais bon, c’est pas pareil, en vrai, elle est encore mieux. Je vous assure. Pour conclure, je dirais que t’es dans la bonne voie de l’adaptation. Je voudrais dire une phrase que j’ai relevée qui est intéressante, ils disent dans l’article: “il faut souligner que la sensibilité culturelle d’une personne ainsi que sa capacité à s’auto motiver représentent les points clés qui facilitent son intégration dans son nouveau pays”. Eh ben oui, Jenny en est un exemple. Parce que tu t’es dit “allez”, tu t’es écoutée, tu t’es dit “j’ai besoin de rencontrer des gens une fois par jour”. Encore une fois, tu t’écoutes, tu te dis “non, là, je vais me concentrer sur certaines personnes pour me recréer mon réseau amical de confiance”. Et tu le fais. Donc, c’est ça effectivement. Culturellement, tu es ouverte, tu es une personne curieuse, ouverte d’esprit et tu sais, t’automotiver quand il le faut. Et ça, c’est vrai que ce sont des conditions, je pense, pour réussir son expatriation. Merci encore, Jenny. C’est un bonheur. 

Jenny [00:26:23] Merci à toi, Cristina. Ça me fait le plus grand bien cette rencontre mensuelle, vraiment. Merci pour tout, pour ton écoute. Et puis tout le travail que tu fais en amont. Et puis par la suite pour réaliser ces podcasts. J’encourage tout le monde vraiment à se plonger dans tes podcasts parce qu’ils nous font voyager, ils font du bien. Merci mille fois Cristina. 

Cristina [00:26:51] Ce premier épisode hors série touche à sa fin. Merci pour votre écoute. Si vous avez été séduit par la personnalité de Jenny, sachez que ces extraits font partie d’une série d’épisodes que je lui est consacré dans la saison 2 du podcast. J’ai abordé avec Jenny la courbe d’adaptation en expatriation, mais aussi son vécu d’expat suiveur ainsi que ses premières découvertes de la ville de Hong Kong. Prochain épisode: je vais vous donner mes conseils pour booster votre intégration dans votre nouveau pays d’accueil