On part à la rencontre de Chloe Cancel qui habite depuis 4 ans au Bénin. Chloe a posé ses valises à Cotonou avec son mari et ses enfants. Son mari est béninois et c’était important pour lui de revenir dans le pays qui l’a vu grandir. Chloé connaissait un peu le Bénin pour y être allée en vacances avec lui de temps en temps. Mais aller en vacances dans un pays et y vivre au quotidien ce n’est pas la même chose. Elle a découvert des différences culturelles avec la France qui l’ont étonnée, un quotidien compliqué par des coupures d’eau et d’électricité mais surtout une qualité de vie qu’elle n’a pas envie de quitter. Le Bénin est un pays épargné par la guerre où il fait bon vivre à condition de faire preuve de patience et de lâcher prise.

Cristina [00:00:03] Tu vis à Cotonou depuis 4 ans avec ton mari et tes deux enfants de 5 ans et 2 ans. Pourquoi tu t’es installée au Bénin? 

Chloé [00:00:11] Je me suis installée au Bénin à cause de mon mari -enfin…grâce à mon mari qui est Béninois. Lui, il est né au Bénin, il a grandi au Bénin. Il est venu en France pour faire ses études et commencer sa carrière professionnelle. Donc on s’est connus étudiants et il a toujours été très clair pour lui qu’il repartirait un jour au Bénin. C’est un projet qui me plaisait, dont on a parlé très tôt et l’interrogation était de savoir quand est-ce qu’on allait partir. Peu de temps après la naissance de notre premier enfant, il a eu une opportunité professionnelle au Bénin, donc il est parti. Je l’ai suivi quelques mois après -huit mois après- le temps de boucler tout ce qu’on avait à faire en France. Et voilà, c’est comme ça qu’on est arrivés à Cotonou, 

Cristina [00:00:56] Donc tu connaissais déjà un peu l’Afrique, avant de débarquer à Cotonou? 

Chloé [00:01:00] Un petit peu. Je connaissais un petit peu le Bénin puisque lui et toute sa famille est ici. Donc on était venus quelques fois en vacances. Un petit peu le Sénégal pour y être allés en vacances. Mais uniquement dans un contexte de vacances. 

La vie est chère et la foi en Dieu est omniprésente au Bénin

Cristina [00:01:12] OK. Alors, les vacances et vivre dans le pays, ce n’est pas la même chose. Les premiers mois à Cotonou, qu’est ce qui t’a étonnée? 

Chloé [00:01:19] Effectivement, c’est très, très différent. Je dirais ce qui m’a étonnée déjà, c’est le coût de la vie. Parce que quand on vient en vacances, on profite et on se rend compte que finalement, les choses ne sont pas très chères, on est plutôt dehors, etc. Quand on doit payer des charges quotidiennes, c’est vraiment une autre histoire. Le coût de la vie je trouve est assez élevé au Bénin parce que certains produits essentiels sont assez chers. Par exemple, l’électricité est très chère. Donc dès lors que vous avez une clim, ça peut revenir rapidement cher. L’essence est relativement chère aussi par rapport au niveau de vie. Il y a un certain nombre de dispositions que tu es obligée de prendre pour avoir un certain confort qui font que finalement, la vie est assez chère. L’immobilier est cher à Cotonou en tout cas. Ça m’a un petit peu étonnée. Sinon, sur un aspect plus culturel, j’ai été assez étonnée de l’omniprésence de la religion, en fait, parmi les Béninois. Et quand je dis “religion”, ce n’est pas une religion en particulier. Puisque grosso modo, il y a une moitié de catholiques, une moitié de musulmans au Bénin qui sont répartis différemment. Il y a plus de musulmans dans le Nord, plus de catholiques dans le sud du pays. Mais en gros, c’est à peu près moitié / moitié. Il y a aussi d’autres églises type évangéliste, etc. qui sont assez présentes. Et les gens sont extrêmement religieux. La foi, c’est quelque chose de fondamental. Les gens pratiquent leur religion. Les gens font beaucoup référence à Dieu. Et quand on dit Dieu, ça va être Dieu en général, peu importe la religion. Donc, souvent, quand vous demandez à quelqu’un “est ce que ça va?”. On va vous répondre “on rend grâce”. “Quand est ce qu’on va faire ça?”. On vous répond “bah c’est le temps de Dieu”. C’est quelque chose qui est très, très présent. Les gens ont souvent donné à leur entreprise un nom en rapport avec Dieu. Vous pouvez avoir le menuisier “Dieu fera” le salon de coiffure “dans les mains de Dieu”. C’est quelque chose qui est très important. Les gens sont très pratiquants. Les jours fériés au Bénin ce sont à la fois les jours fériés religieux catholiques et musulmans. Il y a vraiment une cohabitation religieuse qui est très pacifique. C’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. 

Cristina [00:03:38] Il y a un respect de la foi de chacun et de la religion de chacun. 

Chloé [00:03:42] Oui. À la limite, vous serez peut être jugé si vous n’avez pas de foi. C’est peut être là où vous allez être apparaître comme quelqu’un de bizarre. Mais dès lors que vous êtes attaché à une religion ou à une église, quelle qu’elle soit, on va respecter votre liberté de culte, liberté de croyance. Il y a une tradition que je trouve assez sympa. Par exemple, en période de ramadan, les catholiques envoient souvent des paniers de fruits ou de nourriture aux musulmans qui cassent le jeûne. Il y a plein de petites choses comme ça qui sont très agréables, très, très sympa. 

“Au Bénin, je me sens en sécurité”

Cristina [00:04:14] Cotonou est la capitale économique du Bénin, est-ce que tu te sens en sécurité ou est-ce que tu as dû renoncer à certaines habitudes? On a souvent en tête que parfois, dans certains pays d’Afrique, on n’est pas en sécurité. Qu’en est il au Bénin? À Cotonou? 

Chloé [00:04:30] Le Bénin a cette exception régionale d’être un pays qui n’a pas connu de guerre sur son territoire, qui a des transitions politiques qui se passent généralement dans la paix. Les béninois sont très attachés à la démocratie. Donc, c’est vrai que déjà, ce climat, un peu d’insécurité politique, on l’a pas ici. Après moi, de manière générale, je me sens sécurité. Je n’ai pas vraiment changé mes habitudes car je peux sortir seule la nuit. Je ne suis pas inquiète et je ne me sens pas en insécurité. Il y a une jeune délinquance, comme dans toutes les villes du monde. Il y a certains quartiers qui sont à éviter, surtout la nuit. Mais ça même à Paris, c’est le cas. Donc non, honnêtement, je ne me sens pas en insécurité. En plus, on a un mode de vie où on marche assez peu. On se déplace plutôt en voiture. On va d’un point A à un point B. Il y a souvent des gardiens devant les maisons, devant les restaurants, devant les entreprises, donc il y a souvent du monde dans la rue. Pour ça, je ne me sens pas en sécurité et il y a même une pratique populaire qui consiste à chasser les voleurs. C’est à dire que moi, j’ai déjà été témoin, par exemple, qu’une femme se fait arracher son sac à main sur une moto. On peut être sûr que, 100 mètres plus loin, le voleur aura été rattrapé et le sac rendu à la personne. Les gens autour n’aiment pas ça. Donc non. Après, je ne dis pas que c’est pas le monde des Bisounours: les vols peuvent arriver… 

Cristina [00:05:58] C’est rassurant de savoir que les gens, finalement, prennent soin les uns des autres. Tu le disais avec le panier des catholiques offert aux musulmans, le fait qu’on rattrape un voleur… Donc, tu as un sentiment de sécurité à Cotonou. 

Chloé [00:06:13] Il n’y a pas cette peur que moi, je connaissais à Paris ou on peut voir, je ne sais pas une fille qui se fait embêter dans la rue. Et puis, on ne va pas savoir. On voudrait intervenir, mais on ne sait pas. On a peur. Là, il n’y a pas cette hésitation. En termes de sécurité, c’est vraiment le Bénin qui est comme ça pas forcément tous les pays de la sous région. On est vraiment gâtés à ce niveau. 

Un salaire nettement inférieur au Bénin mais une qualité de vie bien supérieure

Cristina [00:06:36] Et tu as fait l’exploit de retrouver du travail. Tu disais que tu as suivi ton mari. Comment tu as fait? 

Chloé [00:06:44] Je suis partie sans travail en ne sachant même pas tellement ce que j’allais faire. Sachant que j’ai un profil d’avocate juriste, donc pas les métiers les plus exportables. J’ai eu de la chance. Honnêtement, c’est par réseaux. C’est-à-dire que quelques mois après mon arrivée, via ma belle famille, j’ai pu rencontrer quelqu’un qui avait un projet et mon profil correspondait assez aux besoins de son projet. Donc, c’est comme ça que j’ai pu faire une 1ère mission. Je n’étais pas embauchée, c’était une mission de consultance. Et puis, de fil en aiguille, j’ai pu obtenir plein d’autres missions de consultance. Mais c’est vraiment essentiellement par réseaux. D’abord familial, mais après local. Parce que Cotonou est assez petit. Donc, on connaît quand même rapidement les gens ayant besoin de gens venant de l’extérieur. Parce que c’est un pays qui se développe assez vite et qui n’a pas forcément les structures d’apprentissage localement pour former les gens dont le pays a besoin aujourd’hui. 

Cristina [00:07:41] Il y a certaines femmes qui sont installées en Afrique qui décide de ne pas travailler parce que ça ne paye pas assez. Le salaire minimum -j’ai regardé- est de 40.000 francs CFA, soit un peu plus de 60 euros par mois. Est-ce que gagner moins qu’en France, ça t’a fait quand même hésiter? Ou tu t’es dit “non mais il faut absolument que je retravaille”. 

Chloé [00:07:58] Moi – mais ça c’est très personnel – j’ai besoin de travailler. Donc je savais que j’allais gagner moins. Mais je préférais gagner moins et travailler quand même. Moi, je sais que je gagne moins, mais je suis consultante. J’ai aussi une certaine flexibilité et une qualité de vie, un équilibre vie personnelle / vie professionnelle que je n’avais pas forcément en France avant. Voilà je sais que j’y gagne en… Je gagne autre chose. Pour moi, en tout cas, ce n’était pas une hésitation. Et puis, en plus, comme les salaires sont très bas, il est aussi très facile, de faire garder les enfants. Et on n’a pas cette problématique qu’on peut avoir dans certains pays. Je pense à la France, aux les Etats-Unis, etc. de se dire ” si je travaille et que je gagne pas très bien ma vie, de toute façon, mon salaire va partir dans la crèche. Donc autant que je travaille pas.” Là non. Parce que même si on gagne moins bien sa vie qu’en France, on ne sera jamais payé sur un salaire local. On n’a pas ce dilemme-là. Il est quand même plus rentable d’aller travailler et d’avoir une nounou.  

Le monde du travail au Bénin est très hiérarchisé et protocolaire

Cristina [00:09:02] D’accord. C’est bon à savoir. Et au niveau des relations au travail, quelles différences culturelles tu remarques par rapport à la France? 

Chloé [00:09:10] C’est un monde du travail qui est très hiérarchisé, très protocolaire. Ça surprend un peu. Au début, les gens sont très attachés à leur titre, à la place qu’ils occupent dans l’organigramme. Il faut vraiment savoir que quelqu’un qui est au-dessus de vous dans l’organigramme il y a une certaines déférence, un certain protocole avec cette personne. Quand on va s’adresser à quelqu’un, on va le désigner par son titre. Donc on va pas dire Monsieur X, on va dire Monsieur le Directeur Général, les salariés vont s’adresser à lui en disant DG. Ça surprend un petit peu. 

Cristina [00:09:45] C’est familier en France DG, alors que… 

Chloé [00:09:47] Oui, alors que là, c’est vraiment une marque de respect. Ce qui serait familier, ce serait de l’appeler par son nom. Quand vous démarrez une réunion, vous allez avoir au moins 5 à 10 minutes de protocole, alors on remercie chacun des participants en citant qui il est, quel est son titre. C’est très protocolaire. Les choses fonctionnent encore beaucoup par courrier postal ou par téléphone. Les gens ne sont pas encore beaucoup attachés au mail. Vous pouvez envoyer un mail et puis, au bout de deux jours, on peut appeler la personne qui dit “mais faut m’appeler je ne lis pas mes mails.” C’est ça qui est un petit peu étonnant: cette hiérarchie et ce protocole. 

Le français est la langue officielle au Bénin

Cristina [00:10:32] Mais du coup, tu apprends tout ça. C’est ça qui est riche, même si tu gagnes pas beaucoup. Tu comprends la culture. Est-ce que tu parles le français au travail? 

Chloé [00:10:44] Oui, oui. Le français est la langue officielle au Bénin. Donc dans le travail, on parle français. En tout cas, dans ce que je fais. C’est vrai que si tu travailles avec des gens qui ont peut-être un niveau d’éducation un peu inférieur, ils vont être parfois plus à l’aise dans une langue locale parce qu’il y a plein de langues locales. Mais la langue majoritaire c’est le Fon. Par exemple, si tu as un restaurant, ça peut être utile de pouvoir parler Fon avec ton personnel. 

Il existe une école française au Bénin

Cristina [00:11:12] D’accord. Et tes enfants est-ce qu’ils sont scolarisés dans une structure française? 

Chloé [00:11:17] Oui ils sont à l’école française. 

Cristina [00:11:19] Les horaires, du coup, ça doit finir tôt, non? 

Chloé [00:11:23] Ils sont en test horaires depuis 3 ans. Ça change tous les ans, mais en gros, ça démarre tôt, dès 7 h 45 pour finir vers 11h30 11h45, avant une grande pause déjeuner qui peut durer trois heures. Et puis, ils reprenaient parfois l’après midi pour une heure ou deux. Et puis cette année, avec le Covid, ils ont modifié. Ils avait quatre jours d’école, avec des horaires un peu plus proches de ce qu’on a en France du 7h45 – 11h45 et 14h – 16h. Mais l’idée, c’est que ça commence tôt et qu’il y a une pause déjeuner suffisante parce que jusqu’à il y a deux ans, il n’y avait pas de cantine donc les gens rentrent chez eux déjeuner. Donc voilà, il fallait prévoir ce temps de déjeuner. 

Des journées qui commencent tôt qui finissent tard avec de longues pause déjeuner

Cristina [00:12:14] Et toi, du coup, tu as trois heures de pause dej? 

Chloé [00:12:20] Des fois un peu imposé parce qu’en fait, c’est un peu le rythme de travail dans les entreprises de démarrer tôt et de s’arrêter deux / trois heures pour le déjeuner et de finir tard. Donc il y a une amplitude horaire qui est assez longue. Moi, ça me convient pas forcément. Mais bon, faut s’adapter. En tout cas, il faut savoir que entre 13 et 15 heures,personne n’est joignable. 

Cristina [00:12:38] C’est parce qu’il fait trop chaud ou c’est juste l’habitude?

Chloé [00:12:42] Oui, je pense que c’est l’habitude des pays chauds. Il fait chaud. Les gens en général font la sieste. Ça aussi, c’est un peu surprenant: les gens font la sieste au bureau de manière très naturelle. Mais bon en même temps les journées sont longues parce que souvent les gens commencent à 8 heures. Donc la sieste est assez institutionnalisée.

Une classe moyenne importante au Bénin

Cristina [00:13:02] On va passer en deuxième partie d’interview où, justement, on va parler du Bénin et surtout des clichés sur le Bénin. Ça te tenait à cœur. Tu m’as dit en préparant l’interview que certains t’auraient dit “T’es chez les riches, t’as pas vu la vraie Afrique.” Tu leur as répondu quoi? 

Chloé [00:13:20] Déjà, heureusement, il y a certains Africains qui sont riches. Heureusement que tous les Africains ne meurent pas de faim. C’est quand même pas souhaitable. Ça renvoie aux clichés qu’on a en général de l’Afrique. Des enfants qui sont malnutris. Des gens qui vivent dans des cases et qui luttent toute leur vie, qui passent leur vie à survivre. Mais en fait, il y a tout ce pan de l’Afrique aussi, qu’on montre beaucoup moins. Alors, il y a les très riches, ça aussi, on entend parler. Mais il y a aussi toute une catégorie intermédiaire et qui est assez importante.

Il y a une classe moyenne qui est assez importante, de gens qui n’ont pas faim, qui travaillent. Ils n’ont pas les moyens de prendre l’avion tous les ans pour aller en Europe. Mais en même temps, c’est le cas de tous les pays du monde. Il y a une classe moyenne de gens qui arrivent à payer leur loyer, l’école de leurs enfants et la nourriture et qui travaillent. Et je trouve assez dommage fait qu’on réduise toujours l’Afrique à l’extrême pauvreté, alors qu’il se passe beaucoup de choses. Il y a beaucoup de gens qui sont dynamiques qui arrivent à s’en sortir. Forcément, quand on convertit en euros les salaires, on va se dire “non, ils s’en sortent pas”. Mais sauf qu’en fait ici, si vous gagnez l’équivalent de 400 / 500 euros mensuels, vous vivez très bien. Voilà ce sont des clichés qui m’agacent un peu. 

Cristina [00:14:38] Est ce qu’il y en a d’autres, justement, que tu voudrais évoquer? 

Les béninois sont travailleurs et cumulent souvent plusieurs emplois

Chloé [00:14:41] Il y en a d’autres. Il y en a qui sont un peu le corollaire de ça. On entend des fois que les Africains sont un petit peu fainéants qui ne travaillent pas beaucoup. J’ai déjà entendu ça parce que, effectivement, on peut passer à 14 heures et voir des gens dormir. Mais en fait on a une vision très parcellaire de tout ça, parce que les gens honnêtement sont travailleurs.

Ils sont très travailleurs. Il y a des gens qui sont dans des conditions de travail qu’aucun français n’accepterait, qui sont dans des conditions pénibles, mais qui travaillent et vont faire plusieurs emplois. Même des salariés qui gagnent correctement leur vie, ils vont toujours avoir le souci de faire autre chose à côté. Ils sont très créatifs. Donc, la plupart des gens aussi ont trois ou quatre entreprises. Ça peut être que des petits business, ça peut être de vendre de l’huile en même temps que de travailler à la banque. Mais voilà, il y a vraiment cette recherche d’avoir des à-côtés.

Les gens sont dynamiques et ne sont pas fainéants. Ça, je trouve que c’est vraiment quelque chose qui est très erroné. Je ne veux quand même pas minimiser. Il y a une misère certaine. Mais c’est dommage qu’on ne s’appuie que sur ça.

Et puis, qu’on n’ait un regard un peu dédaigneux des riches comme si ils ont spolié quelque part, les pauvres. Il y a des pays dans lesquels certains sont devenus riches de manière pas forcément très correcte, mais il y a aussi des gens qui juste ont travaillé et qui aujourd’hui font travailler aussi les gens. Ça, c’est souhaitable de voir un entrepreneur local qui peut employer 1000 personnes dans de bonnes conditions. Et tant mieux. C’est parce qu’il a pu atteindre un certain niveau de richesse qu’il a pu développer ça aussi. 

La Covid-19 au Bénin

Cristina [00:16:25] Au niveau santé: je ne peux pas ne pas te poser la question sur la Covid 19. Comment est traitée la pandémie là-bas? 

Chloé [00:16:34] Bizarrement, plutôt bien. On ne s’est pas retrouvés dans la catastrophe annoncée au début. Le gouvernement béninois, a d’entrée de jeu pris une position qu’il a conservé depuis, qui était de dire “on n’a pas les moyens d’un confinement”. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui travaillent pour gagner leur pain du jour même, donc on ne peut pas se permettre de confiner. Les gens sont dans l’informel donc on ne peut pas, on n’a pas les moyens. Les gens vont mourir de faim si on confine. On n’a pas les moyens d’un confinement. La population est jeune, donc on prend le risque du Covid quelque part. Après, nous on a l’obligation de porter des masques et de se laver les mains partout depuis le départ, depuis mars 2020. Le Bénin avait commandé les masques en conséquence. Le Bénin aussi a choisi le traitement à la chloroquine. Je ne suis pas médecin, je sais pas si c’est pertinent ou pas, mais il y a eu tout de suite un choix des mesures qui ont été prises. Les tests Covid ont été très rapidement disponibles et gratuits. Et ils ont été obligatoires dès avril, je crois, pour les voyageurs venant de l’étranger, par avion en tout cas. 

Se faire soigner au Bénin

Cristina [00:17:40] Est ce que tu te sens, toi, assez suivie au niveau médical d’ailleurs, sur place, au Bénin? 

Chloé [00:17:46] Je dirais que c’est un petit peu là que le bât blesse. Très honnêtement, pour le suivi quotidien, et ça, je n’ai pas de problème. Il y a des médecins. J’ai un bon pédiatre pour les enfants, l’ophtalmo, le dentiste… Tout ça, ça pose pas de difficultés. Après, c’est pour les urgences où c’est un peu plus délicat parce que les hôpitaux ne sont pas super bien équipés. J’ai eu le cas il n’y a même pas deux semaines pour un de mes enfants qui a été hospitalisé en urgence. Ce n’est pas très rassurant, même s’il a été correctement pris en charge. Mais disons qu’un accident très grave ne sera pas forcément bien géré ici par défaut d’équipement surtout. 

Difficile de trouver du travail au Bénin

Cristina [00:18:29] Ça fait quatre ans que tu vis aujourd’hui au Bénin. Il y en a eu forcément des obstacles, en commençant par le déménagement. C’est vrai que je ne t’ai pas interrogée là-dessus. Comment s’est passé le déménagement, d’ailleurs? 

Chloé [00:18:43] Plutôt bien. Je ne suis pas spécialiste des déménagements internationaux, mais c’est vrai que celui-là, on n’a pas voulu se compliquer la tâche. Donc, on a fait appel à une société qui est venue prendre nos affaires dans notre appartement à Paris et qui les a déposées trois mois plus tard dans notre maison à Cotonou. 

Cristina [00:19:01] Quels sont les plus gros obstacles alors que tu as dû affronter depuis quatre ans? 

Chloé [00:19:07] Je pense que l’insertion professionnelle, c’est vraiment quand même un obstacle. Il faut vraiment être très proactif, faire son réseau, ne pas hésiter à relancer, à réclamer, à demander. Parce qu’en plus, ces gens sont plutôt de bonne volonté pour aider. En venant de France, j’étais un peu gênée de demander un service à quelqu’un, de dire “est-ce que tu pourrais faire passer mon CV?” Alors que les gens le font très naturellement et ne considèrent pas que c’est une faveur qu’on leur demande. Donc, il faut aussi soi-même un peu dépasser certaines barrières internes qu’on a, qu’on se met tout seul. De manière générale, et quels que soient les domaines de la vie, c’est de laisser tomber des barrières qu’on se met. Même au niveau médical. Au début, j’étais très inquiète, je le dis très honnêtement. La première fois que j’ai dû emmener un de mes enfants chez le médecin et que j’ai vu le cabinet qui est quand même assez sommaire. Je n’étais pas à l’aise. Mais en fait, le médecin fait très bien son travail. C’est juste qu’on n’est pas habitués que ce soit dans des conditions comme ça. Mais ça n’a pas posé de difficultés. Après, je pense que c’est un pays dans lequel il n’est pas très difficile de s’insérer. Parce que les gens sont assez ouverts et accueillants, que ce soient les Béninois… Il y a une communauté d’expatriés qui est quand même assez importante. Enfin…qui est suffisamment nombreuse, mais qui en même temps est assez petite, donc on connait vite les gens. Il y a une école française, donc rapidement, on se connaît aussi par là. C’est assez facile de se faire des amis, de sortir. 

Patience et lâcher prise

Cristina [00:21:00] J’ai une théorie, c’est qu’on développe des super capacités quand on est en expatriation bien plus rapidement que si on était resté en France. Ce serait quoi tes super pouvoirs? 

Chloé [00:21:11] Je dirais la patience. Je n’étais pas quelqu’un de patient. Je n’ai pas eu le choix, je le suis devenue. Parce que des choses peuvent prendre du temps et que tu n’as pas de prise dessus. Donc, il faut être très, très, très patient. Et le lâcher prise sur certaines choses. Alors je pense que c’est un peu propre à beaucoup de projets d’expatriation. Mais c’est d’autant plus vrai dans un pays en développement. Parce que on se retrouve des fois, dans des situations qui peuvent nous rendre fou. Mais en fait, on ne peut rien y faire. Par exemple, nous on a souvent des coupures de courant. Des fois, ça dure 10 minutes, mais ça peut durer 12 heures, 24 heures. Il n’y a rien qu’on peut faire en fait. On peut après s’équiper d’un groupe électrogène… Mais c’est comme ça. Il y a une coupure d’eau, il n’y a pas d’eau. Vous avez RDV dans 30 minutes, une réunion, il n’y a pas d’eau pour se doucher. C’est comme ça. Et on peut s’énerver dessus, mais ça ne changera rien. 

Cristina [00:22:09] Ouais, donc le lâcher prise! 

Chloé [00:22:12] Oui le lâcher prise. Beaucoup de lâcher prise. 

“Si un jour on devait quitter le Bénin, ce n’est pas en France qu’on irait”

Cristina [00:22:17] Est-ce que revenir vivre en France un jour, vous y pensez parfois ou non? Ou votre maison, c’est le Bénin. 

Chloé [00:22:24] En tout cas, aujourd’hui, notre maison, c’est le Bénin. Tant qu’on peut continuer à vivre dans un pays qui est assez calme, assez sécurisant. On n’a pas forcément envie d’en changer. Et on a vraiment une qualité de vie ici. On est bien. On est au bord de la mer. C’est un cadre de vie pour les enfants qui est merveilleux. Si un jour on devait quitter le Bénin pour une raison X ou Y, ce serait pas forcément en France qu’on irait.  

Cristina [00:22:52] Intéressant.  

Chloé [00:22:54] Parce que je trouve que la liberté, la souplesse qu’on a ici, on les a pas forcément en France. 

Cristina [00:23:02] Et qu’est ce que tu dirais à une personne qui vient d’apprendre que son mari est muté au Bénin et qui est catastrophé, tu lui dirais quoi? 

Chloé [00:23:11] Je la rassurerai! Parce que vraiment, honnêtement, on a une qualité de vie qui est super. 

Un week-end à Cotonou

Cristina [00:23:17] Ça ressemble à quoi tes week end, justement? 

Chloé [00:23:20] Le weekend souvent, on va au moins une fois la plage, soit le samedi, soit le dimanche. Il y a beaucoup de restaurants de plage, même juste des paillotes sur la plage, souvent avec des amis. On peut être une bande de dix enfants qui s’amusent, nous on est entre amis… On sort beaucoup. Et puis après la vie normale des week-ends. On fait ce qu’on a à faire chez soi. En tout cas, pour une famille avec des enfants -je pense que c’est un petit peu différent quand on n’a pas d’enfants parce que peut-être qu’on tourne vite en rond. C’est pas très grand. Mais avec des enfants, on a une vraie qualité de vie, ne serait-ce que parce qu’on n’a pas le souci de la garde des enfants. Tout le monde a une nounou à la maison. C’est comme ça. Donc nous, on sort beaucoup le soir, par exemple, et de manière imprévue, on n’a pas de problème. On organise beaucoup de plans avec des familles qui ont des enfants. Les enfants se trouvent souvent avec beaucoup de gens, ils sortent beaucoup aussi. Le travail, ça peut être pénible. Il y a des moments où on devient fou parce qu’il n’y a pas eu de courant. On a demandé à un plombier de faire telle réparation, il n’a rien compris, il a fait autre chose… Et puis, il a cassé un truc au passage… Parce que ça arrive aussi des fois… On peut devenir fou. Mais à côté de ça, on a vraiment un confort, des loisirs et une vie de famille qui est très agréable. 

Cristina [00:24:52] Donc une vraie qualité de vie au Bénin. Vous qui écoutez si une expatriation au Bénin se profile à l’horizon, ça va être super bien. 

Chloé [00:25:02] Bien sûr, il ne faut pas s’inquiéter. 

Les groupes Facebook pour s’installer au Bénin

Cristina [00:25:04] Un grand merci, Chloé, d’avoir participé au podcast Expat Heroes. Est-ce que tu as peut-être des liens à partager que je pourrais remettre en description du podcast pour aider les gens à se préparer? 

Chloé [00:25:16] Alors, il y a deux groupes Facebook d’expatriés au Bénin. Le premier s’appelle “Expats au Bénin“. L’autre se nomme “expatriés français au Bénin“. Les gens peuvent vraiment poser toutes leurs questions et des expatriés, se revendent entre eux leurs affaires. Il y a pas mal de bons plans dessus. Il y a un groupe aussi qui s’appelle “Cotonou Accueil” (plutôt destiné aux femmes) qui aide les femmes, souvent les conjointes suiveuses, à s’intégrer, à avoir des activités locales ou associatives, humanitaires, etc. Ça peut être une bonne manière de commencer. 

Cristina [00:26:02] C’est noté. Un grand merci Chloé.