J’accueille dans le podcast Isabel Mota qui a fondé My French Recipe, des préparations culinaires pour permettre aux américaines de réaliser facilement des basiques de la pâtisserie française. Aujourd’hui, ces kits de pâtisserie sont distribués largement aux Etats-Unis. Tout a pourtant commencé très simplement dans la cuisine d’Isabel. Comment a-t-elle eu ses premières ventes? Pourquoi tout s’est accéléré malgré ses doutes d’entrepreneure débutante? Pourquoi Isabel kiffe-t-elle tellement leur nouvelle vie de famille à Dallas? Les coulisses du succès de My French Recipe créé par Isabel Mota, c’est tout de suite dans Expat Heroes!

De Paris à Dallas: “moi vivante: jamais!”

Cristina [00:00:03] Isabelle raconte nous qu’est ce qui a poussé à quitter Paris pour Dallas? Il y a cinq ans? 

Isabelle [00:00:09] C’est très simple, j’ai l’histoire classique de la femme d’expat, c’est-à-dire que mon mari a une opportunité de job à Dallas. On vivait à Paris. Et comme on souhaitait partir de Paris à la base, plutôt pour aller en province, à Toulouse ou à Bordeaux. Du coup, c’était une opportunité de partir de Paris simplement dans des bonnes conditions parce qu’on partait en expat et donc d’avoir la vie qu’on cherchait en tant que famille, c’est-à-dire un peu plus relax, plus d’espace que ce qu’on avait à l’époque. Une fille et un chat dans Paris, donc, c’était un peu short en terme d’espace. Du coup, le fait de partir à Dallas nous donnait tout ça donc on a dit oui, même si au début, j’étais absolument pas convaincue par Dallas au moment où on en a parlé. Je crois que la première chose que je lui ai dit, c’est “jamais moi vivante, ça n’arrivera pas!” . Et puis en fait, en visitant Dallas, j’ai vu les qualités que lui voyait déjà: l’espace, la tranquillité pour les familles, le fait que les villes sont très safe, tout est prévu pour les familles, pour les enfants. J’ai été séduite aussi et du coup, on est partis en janvier 2017 pour Dallas. 

Cristina [00:01:26] Et d’un point de vue professionnel, étais-tu sereine de quitter ton job? 

Isabelle [00:01:32] En France, j’étais en free lance. Ça faisait presque 5 ans que je faisais du free en marketing. Depuis qu’on savait qu’à partait à Dallas, j’avais plus ou moins arrêté mon activité de Free. Parce que ça a pris quand même peut être presque un an entre le moment où on a eu le OK pour partir, les contrats, les visas, tout ça, ça prend du temps. Donc au fur et à mesure j’ai arrêté cette activité de freelance marketing. J’ai fini le temps qu’on a passé en France en bossant pour une boite qui s’appelle “le petit carré de chocolat” qui a été fondée par Marie Etchepare, qui est quelqu’un de formidable. Donc j’avais pas vraiment de plans sur ce que j’allais faire en arrivant aux Etats-Unis. J’avais “le petit carré de chocolat” avec qui je bossais toujours à distance. J’étais partie, je ne me voyais pas repartir dans un boulot d’employée parce que ça faisait longtemps déjà que j’étais plus employée. Et pour être honnête, je suis plutôt une employée médiocre parce que ce n’est pas ma personnalité. J’ai du mal à ce qu’on me dise quoi faire pour le faire. Et puis, en arrivant, j’attendais mon permis de travail, donc je ne pouvais pas travailler pour une entreprise là-bas.

Des ateliers dans sa cuisine pour améliorer son anglais et rencontrer du monde

J’ai fait ce que toute bonne Française fait quand elle a un peu de temps libre et qu’elle est à la maison, elle fait de la pâtisserie. Je faisais des gâteaux, des macarons, je prenais des kilos tranquillement. Et puis j’avais toujours ce petit à côté avec le carré de chocolat. Et un jour, c’est le choc. J’ai lancé quelques petits cours de macarons à la maison avec des Américaines. Pour le fun. Vraiment, je voulais apprendre à améliorer mon anglais qui n’est pas terrible et je voulais rencontrer du monde. Et puis voilà on verra ce que ça donne. En faisant des cours de macarons à la maison, je me suis rendue compte que les Américaines ne savaient pas du tout se servir d’une balance cuisine très peu globalement. Ça, c’était pas vraiment une surprise, mais cuisinaient très peu et ne savaient pas se servir d’une balance puisqu’ils utilisent des CUPS. Le système de mesure qui est commun aux Etats-Unis c’est les CUPS ou les 1/2 CUPS , 1/3 de CUPS. Et vous achetez des mesures, chez Ikea par exemple et vous mesurez votre farine comme ça. C’est absolument pas précis parce que “est ce que ta farine elle est tamisée…? Est-ce que ça dépasse du bord? 

Des américaines bluffées par une balance de cuisine!

Cristina [00:03:38] Oui, c’est ça. Mais des fois, on tombe sur des recettes de cuisine américaines d’ailleurs, avec ces fameuses CUPS et on se dit mais bon, laisse tomber, je change de recette parce que comment je vais faire pour mesurer exactement? On a ce souci, nous, en tant que françaises ou européennes…

Isabelle [00:03:53] On sait que c’est limité en fait. C’est super bien quand on fait des trucs à peu près OK sur des cookies, par exemple, aucun problème. Sur des macarons ce n’était pas vraiment une option. Et je me rappelle que la première fois que j’ai sorti les balances dans ce cours – elles étaient toutes neuves, voilà des balances de cuisine de base à 10 dollars, rien d’extraordinaire – mais les nanas qui étaient là elles disent “wahou mais c’est une balance, mais comment ça marche?tu l’as achétée où?” – Mais attendez c’est des balances de cuisine à 10 dollars du magasin du coin, rien de fou!” Et ça m’a vachement surpris, très choqué. C’était vraiment mon premier contact avec la cuisine du quotidien des Américaines, donc je ne connaissais pas tout ça. Et c’est là où je me suis dit “Il y a un problème” sur le fait que personne ne sache se servir d’une balance et sur le fait que, du coup, ils ont vachement peur de faire des recettes ou ça nécessite un peu de précision, comme les macarons ou la pâtisserie française en général.

C’est comme ça que j’ai eu envie de montrer mon business aux Etats-Unis “My French Recipe” avec les Mix. C’est une préparation culinaire où tous les ingrédients secs sont à l’intérieur. Et à la maison, tu n’as plus qu’à rajouter les ingrédients humides, donc des œufs ou du beurre. Tout ça sans peser pour que ce soit accessible à tout le monde de faire de la pâtisserie française à la maison. 

Cristina [00:05:18] En fait, on pourrait se dire “ils n’aiment pas la pâtisserie”, mais c’est pas ça c’est qu’ils ne se lancent pas parce qu’ils pensent que c’est pas fait pour eux, c’est trop compliqué. 

Les américains trouvent la cuisine française trop compliquée

Isabelle [00:05:25] Exactement. La personne qui a mis en lumière la pâtisserie et la cuisine française c’est Julia Child, qui est une Américaine qui a vécu en France. Elle a écrit de nombreux livres sur la cuisine traditionnelle française qui sont merveilleux, hyper précis, sont magnifiques. Et donc, elle te fait 15 pages sur la cuisson différente des oeufs. Du coup, elle a montré que la cuisine française est hyper technique et hyper compliquée. Pour tous les Américains, la cuisine française, c’est la complexité. Ils sont super impressionnés par la cuisine française, notamment à cause de l’héritage de Julia Child. En plus globalement, dans la culture américaine, ce qui se fait, c’est tout ce qui est rapide. À la maison, dans les familles, on a tendance à vouloir du rapide et du facile. Ça veut pas dire que personne ne cuisine. Mais globalement, ce n’est pas ancré dans les esprits, comme en France. En France, tout le monde va te faire une quiche maison rapide avec les restes du frigo. Pas de problème. Tu vas aux États-Unis quand tu fais ça, tu as des gens qui arrivent à l’improviste “bah attendez je vais vous faire une quiche ou une tarte fine rapidos… Ils sont genre “Wow! Mais en fait, t’es super fancy dans ta cuisine?” – Non j’ai mis des restes…donc c’était pas vraiment fancy”. Ils n’ont pas cette culture.

La culture américaine du fast-food et de rares dîners en famille

Je pense que c’est l’héritage des fast food nés aux États-Unis qui sont très développés, t’as des fast food à tous les coins de rue. Et aussi l’héritage de leur rythme de vie, qui est très différent du rythme européen où eux, ils ont 15 minutes pour faire une pause déjeuner SI ils ont une pause déjeuner au boulot. Et le soir, il n’y a pas de repas de dîner à table avec toute la famille comme on a en France ou à 19 heures tu es avec toute la famille, tu fais ton dîner. Ça, ça n’existe pas trop aux États-Unis. 

Cristina [00:07:12] C’est ce que je me demandais d’ailleurs: est-ce qu’ils cuisinent ensemble. Parce que faire un gâteau au chocolat ou faire une pizza avec avec les enfants, c’est ce qu’on fait en général dans les familles françaises. Est-ce qu’il y a ça aux Etats-Unis?

Isabelle [00:07:25] Ce n’est pas hyper répandu. Je ne vais pas dire que ça n’existe pas. Ce n’est pas vrai, mais ce n’est pas la norme comme en France.  Ce n’est pas la norme de se dire “tiens on va cuisiner tous ensemble”. À part éventuellement à Noël où on va faire des gâteaux, des petits biscuits sablés décorés, mais ce n’est pas vraiment la norme pour eux. 

Les étapes pour lancer les préparations culinaires “My French Recipe” aux Etats-Unis

Cristina [00:07:44] Ouais, donc d’où ton concept My French Recipe, pour rendre vraiment accessible des recettes qui semblent inaccessibles pour eux. Et en 5 ans ton activité s’est super bien développée. Tes kits sont distribués aux US. Quels ont été les grandes étapes du projet?

Isabelle [00:08:02] Les grandes étapes du projet c’était de trouver les recettes que je voulais lancer. En me disant “Je vois que le marché américain pour les mix est très, très, très développé. Il y a énormément d’offres, mais l’offre, moi, personnellement, ne me convenait pas”. Quand je voyais les ingrédients qui étaient utilisés, quand je voyais le type de recette que c’était ou le résultat que ça donnait c’est-à-dire pas très bon. Je me suis dit “non ça ne va pas du tout. Je pense qu’on peut faire beaucoup mieux que ça”. Donc, la première étape, c’était de trouver des recettes à faire, qui donnaient envie, réussir à les packager. Et ensuite, après, de passer en production artisanale. Donc, j’ai trouvé les cinq recettes qui me semblaient les plus évidentes parce que c’était moi ce que j’aimais et ce que je faisais à la maison le plus souvent. Je suis partie de mon envie pour moi et j’ai fait un mix de crêpes, de quatre-quarts, de macarons, madeleines et fondant au chocolat. Des basiques de la pâtisserie française. Et en même temps, ça paraît relativement inaccessible quand même pour les Américains. Ça, c’était la base. Une fois que j’ai eu mes idées de recette, il fallait que je fasse la recette pour trouver un ratio d’ingrédients qui fonctionne. Pour lesquelles, tu allais ajouter des ingrédients humides, donc un ratio d’ingrédients secs / ingrédients humides farine, sucre, chocolat, etc. pour un ratio facile à utiliser en ingrédients humides. C’est-à-dire que je ne voulais pas que les Américains ou Américaines aient à peser les ingrédients. Je voulais que ça reste hyper facile. Donc, un nombre d’oeufs 2 oeufs 3 oeufs. Et soit un stick de beurre, soit une cup de lait pour les crêpes, mais quelque chose qui ne nécessitait pas la précision qu’on met normalement en tant que Français. Aux Etats-Unis, les plaquettes de beurre sont divisées en sticks. Chaque stick fait environ 112 grammes. Donc, c’était facile de dire OK. On peut faire dans une recette, utiliser un stick de beurre ou 1/2 stick de beurre. Mais je voulais garder ça et pas à partir sur des trucs genre 10 grammes de beurre ou une cuillère de beurre ce qui ne veut rien dire. C’était de charter, tout ça, ce que j’ai fait, ça m’a pris un peu de temps. Je continuais à faire des gâteaux à la maison pour tester. Puis, une fois que j’avais une recette qui me semblait bien en termes de goût, facile à faire quand tu le mettais sur le papier, fallait faire du sourcing pour les ingrédients. Or, ce n’est pas venu tout de suite parce qu’au début, j’achetais les ingrédients au supermarché, je faisais mon mélange moi même, etc. Mais très vite, il a fallu que je trouve des fournisseurs pour le chocolat pour la farine, pour le sucre… que je trouve un partenaire qui allait assurer la production. Au début, je faisais ça dans ma cuisine de manière très artisanale, jusqu’à un moment où, si tu veux vraiment grandir et y aller, il faut quand même que tu trouves quelqu’un qui fasse la production dans des locaux qui sont adaptés avec toutes les certifications qui vont bien pour que tu aies le droit de vendre techniquement. 

Le défi le plus difficile a été de trouver des partenaires

Cristina [00:10:58] Comment tu les trouves tes partenaires et tes fournisseurs?

Isabelle [00:11:02] C’est la partie un peu challengeante parce que tu es immigrée. Imagine que t’es immigrée en France et que tu essayes de monter un business, tu vois très bien comment on peut te recevoir. C’est la même chose aux Etats-Unis. T’es personne t’as pas de business t’as pas de client encore et tu dis “Bonjour, je voudrais faire des petites quantités et acheter des petites quantités”. – Oui bah non. Non merci, on n’est pas intéressés par votre business. Bon tu cherches jusqu’à ce que tu trouves quelqu’un qui veuille bien le faire. Pas aux meilleures conditions au début, évidemment, parce qu’on n’a pas vraiment de pouvoir de négociation. Pour moi, le premier défi, c’était de trouver quelqu’un juste qui me dise “OK, je veux le faire avec vous”. Sans parler de prix ou de… C’était vraiment ça le début c’était juste de trouver quelqu’un qui était OK pour être partenaire. 

Cristina [00:11:48] Puis, au niveau industriel, tu as dû déposer peut être ta recette…? 

Isabelle [00:11:52] Je ne vois pas l’intérêt de déposer ma recette. Très sincèrement. Parce que demain, n’importe qui peut faire un mix de fondant au chocolat. Je crois pas que la recette soit le secret de fabrication. Le secret de fabrication c’est après comment tu explique ça à ta target audience, comment tu le vends et quel marketing tu mets autour. N’importe qui demain peut faire un mix de crêpes, un mix de chocolat, de macarons, c’est pas la difficulté. La difficulté, c’est comment tu le vends derrière. 

Le succès de la marque My French Recipe distribuée largement aux Etats-Unis

Cristina [00:12:19] Aujourd’hui ils sont distribués où tes kits? 

Isabelle [00:12:21] J’ai eu la chance de me faire découvrir par Whole Foods il y a 3 ans, sur le Salon du chocolat de Dallas – qui est très sympa, je recommande à tout le monde d’ailleurs. Et Whole Foods était là. Ils m’ont vu faire une démo de mon mix macaron. A l’époque j’étais enceinte. Je faisais ma démo en mode startup. Ils viennent me voir “j’aime bien le produit, c’est sympa. Je travaille pour Whole Foods. Est-ce que ça t’intéresse de faire partie d’une review pour être distribuée chez Whole Foods?” Laisse-moi réfléchir (rires). “Oui, absolument! Qu’est ce qu’il faut que je fasse?” Alors on n’a pas été pris la première fois parce que mes produits étaient encore très artisanaux. En terme de packaging, ce n’était pas encore abouti. Ça faisait à peine un an et demi que j’avais mes produits. On m’a dit “par contre, dès que tu as un packaging qui tient la route, reviens me voir et puis on passe la review. Donc, j’ai pris un an, j’ai fait des packaging avec un designer. On a fait des belles boites qui vraiment étaient canon. Et du coup, je l’ai recontacté et après c’est passé. Whole Foods, pour ceux qui connaissent pas, c’est une grosse chaîne de magasins naturels très orientés, bio et local. Ils sont vraiment immenses aux Etats-Unis. Ils appartiennent à Amazon, ils ont été racheté par Amazon il y a deux ou trois ans. C’est un peu un mélange de Monoprix et Biocoop en France. C’est plutôt cool. Quand Whole Foods te prend: “OK, carrément avec plaisir!”. Donc, c’est une très belle carte de visite. On est distribués dans 14 Whole Foods autour de Dallas. On est sur Amazon aux Etats-Unis. Et on est distribués dans une centaine de points de vente indépendants des gourmets store (des épiceries fines) partout aux Etats-Unis. Ça peut paraître énorme. En réalité, ce n’est pas grand chose. Je suis toujours une toute petite entreprise qui est en forte croissance et qui se développe bien mais je suis encore toute petite. 

La packaging: un élément essentiel dans la vente

Cristina [00:14:20] Je t’ai coupée sur les étapes du projet. Donc il y a bien sûr la partie marketing communication, packaging avant… 

Isabelle [00:14:29] C’est hyper important le packaging. Moi qui ne suis pas spécialement du milieu du retail, je ne connaissais pas vraiment… Pour moi, tu fais un beau packaging et ça suffit. En fait, aujourd’hui, je me rends compte que ce n’est pas du tout suffisant parce que j’ai un peu de recul sur les expériences client. J’ai pas mal de feedbacks. Le packaging qu’on est en train de refaire aujourd’hui, puisque maintenant on a assez de feedback pour faire mieux et savoir ce que les gens attendent. Encore une fois, les gens n’attendent pas spécialement du beau. Ils attendent surtout du fonctionnel et du facile à utiliser. Après, si c’est beau, c’est encore mieux, mais ce n’est pas l’unique critère. Et puis, encore une fois, la partie marketing qui est la plus importante parce que si t’as un très bon produit mais personne ne le sait, c’est très bien, mais tu ne vends pas. 

Cristina [00:15:18] Avec le recul, quels ont été les plus gros obstacles alors pour toi? Parce que tu avais quand même déjà bossé pour une marque de chocolat en France? Tu connaissais quand même quelques codes, on va dire…

Isabelle [00:15:27] Ça a été hyper utile à cette expérience avec “le petit carré de chocolat” parce que justement, je n’avais pas d’expérience avant ça dans le retail. Et ça a été assez enrichissant parce que j’ai vu la construction du packaging. On a fait plein d’erreurs parce que c’était le début… Ça m’a permis d’aller plus vite sur certains points, d’être un peu plus préparée, à aller plus vite et plus grand tout de suite plutôt que d’aller vers de l’artisanal. Un exemple tout bête: si je n’avais pas eu cette expérience, je n’aurais jamais mis des codes barres tout de suite sur les produits. Ça parait bête, mais les codes barres, c’est un coût, un énorme coût, tu dois les acheter. Et quand tu commences, tu te dis “bah c’est bon, je vais pas les vendre tout de suite”. Sauf qu’en fait, si t’es préparée avec des codes barres et un produit qui semble professionnel. Tu vas plus facilement avoir de “oui” de grandes chaînes comme ça que si tu les a pas. Parce qu’il va falloir passer dans le process de dire “OK on aime bien votre produit mais par contre, il faudrait faire rajouter des codes barres et rajouter des trucs”. Donc ça m’a permis de gagner du temps.

L’obstacle principal c’est l’entrepreneur lui-même: doute en permanence et manque de confiance en son instinct

Mais je pense que fondamentalement, l’obstacle principal, c’est moi même, c’est toi. Il y a plein de gens qui peuvent comprendre ça. Quand t’es indépendant et quand t’es tout seul, le plus grand obstacle que tu vas avoir, c’est toi, parce que tu vas douter tout le temps des décisions que tu prends, parce que tu es tout seul pour prendre les décisions. Il y a personne pour discuter des idées ou pour te challenger un petit peu pour te mettre des petits coups de pied de temps en temps pour que t’avances. Moi en tout cas, c’était vraiment moi d’être dans le doute de dire ” est-ce que c’est la bonne chose à faire pour le packaging, est-ce que je dois faire cette couleur ou est-ce que les gens vont être plus réceptifs à cette couleur ou est ce qu’il faudrait que je fasse la recette comme ça?” Mais le truc, c’est que 1) tu règles ça en ayant du feedback de tes clients, c’est-à dire que c’est pas toi qui prends la décision finale. Quelle est l’attente de ses clients, de ton audience?

Et la 2ème chose, c’est que tu apprends aussi à faire confiance à ton instinct. Alors, c’est encore un “work in progress” pour moi personnellement. Mais avec le recul, je me rends compte que tous les instincts que j’avais au début se sont avérés… J’avais raison. C’est juste que j’osais pas forcément m’affirmer parce ce que j’avais peur de me tromper. En fait, j’avais complètement raison. Je sentais bien le truc, mais comme je n’ai pas osé aller jusqu’au bout parce que je n’avais pas assez confiance, je ne l’ai pas fait. Et ça, c’est un travail personnel que tout entrepreneur a. C’est faire la balance entre faire confiance à ton instinct et à ce que tu penses est bien. Ta marque, ta boite. Et en même temps, ne pas y aller les yeux fermés en disant  “je sais que j’ai raison et c’est comme ça”. Ecouter plutôt le feedback de ta target audience. Quel est leur besoin? Qu’est ce qui est important pour eux?

N’écouter que sa clientèle cible!

Et autre chose qui a été très important pour moi c’est arrêter d’écouter le feedback des gens qui n’étaient pas vraiment impliqués. Ton client est impliqué dans un produit parce qu’il l’utilise et le connaît. Donc il va avoir un feedback qui est intéressé et intéressant. Si tu demandes du feedback à quelqu’un, une copine qui vit pas aux Etats-Unis et qui connait pas le produit ni le marché américain. Tu vas avoir un feedback qui est pas du tout pertinent.

Cristina [00:18:35] C’est à dire que pour une Française, peut être que ça marcherait pas. Mais par contre, pour ta clientèle américaine, ça fonctionne. On se dit l’essentiel, c’est d’avoir la bonne idée. Mais en fait, c’est pas ça. Comment tu te mets en route? Parce que toi, tu a eu l’idée. Après, tu as eu les recettes. Comment tu arrives à avoir ta première vente? Parce que tu disais qu’au départ, tu faisais les mix dans ta cuisine. 

“Tu n’es pas le problème, tu n’es pas cette entreprise”

Isabelle [00:18:59] Clairement, la bonne idée, pour moi, ça ne suffit pas. C’est un bon début pour que ça marche. Mais derrière, c’est l’exécution et surtout le fait de ne jamais rien lâcher. Parce que en tant qu’entrepreneur ton quotidien est blindé de problèmes à régler tous les jours. Tous les jours, t’as des problèmes à régler et parfois, c’est vraiment pesant. Et il faut réussir à prendre un peu de recul par rapport à tous les problèmes que tu gères pour ne rien lâcher. Moi, je sais que parfois, j’ai besoin de pas bosser une journée. Dans mon jardin, je vais planter des fleurs, ça me relaxe. Et du coup, je ne pense pas au fait que j’ai une palette avec 10 000 dollars de produits qui est perdu depuis 6 mois, que j’ai envie de péter un câble sur le transporteur qui n’est pas capable de me dire où est cette palette. Financièrement pour moi, c’est un vrai problème, ce genre de trucs. C’est de se dire “bon il y a des problèmes, c’est pas grave, il n’y a pas que des problèmes”. C’est vraiment la clé pour avancer. Parce qu’en 4 ans, il y en a eu des crises. Il y a eu le COVID donc ça a changé la face du marché du jour au lendemain, pour nous. Il y a eu plein d’autres aléas. Je me suis associée. Je me suis désassociée. Donc des aléas, il y en a tous les jours. Après, c’est comment tu les gères. T’es responsable des problèmes que tu gères. Tu as la responsabilité de ce bébé qui est cette boîte. Mais en même temps, tu ne dois pas prendre pour toi tous les problèmes que tu as. Tu n’es pas le problème, tu n’es pas cette entreprise. Il faut un peu que ça glisse sur toi et en même temps que tu arrives à les gérer. Donc c’est un peu la balance qui est un peu difficile à trouver en tant qu’entrepreneur, je trouve. 

“Tu dois être là où tu dois faire les ventes”

Cristina [00:20:38] Mais après, la grosse fierté, c’est quand tu y arrives. Tu te souviens des premières ventes, comment tu t’y es prise? 

Isabelle [00:20:45] J’ai envie de dire c’est très simple, j’ai fait des produits, je me suis inscrite au Salon du chocolat. C’était la première année que je le faisais. J’ai fait mes produits chez moi, dans ma cuisine, ce qui n’est absolument pas recommandé. Je me suis dit “on va voir” . J’ai fait une bannière, j’avais des produits, j’ai fait du stock et je suis allée au Salon du chocolat. J’ai pris un stand et puis j’ai vendu. J’avais pas de discours commercial. J’avais rien. Mon produit était dans un sachet en papier, avec des stickers devant et derrière. Mon anglais était encore un peu à l’arrache pour être très honnête. 1) ça m’a plu parce que je me suis amusée et ça m’a permis de vachement roder mon discours commercial puisque je voyais où les gens étaient intéressés. Je voyais les points qui étaient “game changer” pour eux. Vraiment, c’est juste d’y aller. De dire OK, j’y vais. On verra. de toute façon si je vends pas, j’ai perdu une journée et demi. Et puis bon c’était 400 dollars pour avoir une place, c’est pas pas non plus un investissement démesuré pour ton entreprise. Pour avoir des ventes, c’est pas compliqué. Comme on dit en anglais il faut “show up”. Il faut y aller quoi. Tu dois être là où tu dois faire des ventes. Donc moi c’était le Salon du chocolat. Après, j’ai fait les marchés (les Farmer’s Market) qui n’étaient pas top top. Mais voilà, ça m’a permis aussi d’affiner certains trucs. Des événements dans les marchés locaux, à l’Arboretum… Dès qu’il y avait un événement où je pouvais aller, je le faisais. Et puis on voyait ce que ça donnait.

Vos enfants seront ravis de vous voir épanouie: lancez-vous!

Cristina [00:22:19] Il faut y aller, mais il y en a qui hésitent parfois parce qu’elles se disent (je parle plutôt des femmes qui nous écoutent, mais c’est souvent le cas)… Elles se disent “mais en fait, je vais perdre au niveau de ma famille, de mon temps de qualité familiale, car les enfants, il faut que j’aille les récupérer”. On sait que les écoles aux US et même ailleurs, elles finissent super tôt. Qu’est ce que tu leur dirais à ces femmes? 

Isabelle [00:22:42] Qu’est ce que je leur dirais? Moi, j’ai deux filles qui ont 5 et 2 ans. Ma 2ème fille est née aux États-Unis. Je leur dirais que en fait, il faut s’écouter. Pour certaines personnes, l’épanouissement va passer par s’occuper de ses enfants. “Fine” si c’est ce qui te fait plaisir, fais-le. Personnellement, je pense que ça ne suffit pas pour s’épanouir. Ça ne veut pas dire qu’il faut avoir un boulot à temps complet à temps plein et bosser comme une tarée et être hyper carriériste. Je pense que quand les enfants sont à l’école, t’as un peu de temps libre et que ton temps est mieux utilisé à passer du temps sur du développement personnel, quel qu’il soit, par un projet personnel, un projet d’entreprise, un projet de volontariat que de se dire “je vais garder la maison hyper clean”. C’est bien d’avoir une maison propre. Mais pour moi, ce n’est pas la vraie vie. Ou que se dire “Ah ben tiens, je vais pouvoir faire des dejs avec mes copines tous les jours”. Je pense que l’épanouissement ne passe pas que par ça et qu’il faut un projet personnel. Ce que je dirais à toutes les femmes d’expats qui nous écoutent et qui ont fait le même parcours que moi, c’est-à-dire qui sont parties pour suivre leur mari, c’est que si vous avez envie de faire quelque chose, mais faites-le en fait. Vous prenez pas la tête. Vos enfants, ils seront ravis de vous voir épanouie. Moi, mes filles, quand elles viennent avec moi sur les marchés – alors elles restent pas avec moi toute la journée mais – elles disent “ah maman c’est ton travail c’est super”. Je suis ravie de leur montrer ça. Plutôt que d’être à la maison et de passer l’aspirateur toute la journée. 

S’occuper des enfants c’est un truc qui se partage

Cristina [00:24:17] Oui, il peut y avoir un sentiment de sacrifice soit d’un côté, soit de l’autre. C’est soit on travaille, on passe pas assez de temps avec ses enfants, soit on se dit “je vais m’occuper de mes enfants pendant cette expatriation” et on laisse de côté, le côté pro. Il y a un juste milieu qu’il est possible de trouver, 

Isabelle [00:24:33]  Absolument! Il faut juste savoir quel est ton juste milieu. Faut y aller vraiment. Je recommande à toutes les femmes d’expats de ne pas lâcher leur vie personnelle et professionnelle juste parce qu’elles suivent leur mari et que “c’est plus simple si je m’occupe des enfants”. Déjà, le fait de s’occuper des enfants, c’est quand même un truc qui se partage. C’est pas parce que tu as suivi ton mari que c’est à toi de gérer toute la vie familiale. Moi, mon mari, un job qui est très prenant aussi. C’est lui qui fait vivre le foyer. Et malgré tout, c’est lui qui va récupérer les enfants tous les soirs. Il donne les bains. Il fait partie de l’organisation des enfants. Et c’est indispensable d’avoir cet équilibre dans une vie de famille. 

“On ne se voit pas du tout revenir en France”

Cristina [00:25:15] Donc, “no regrets” d’avoir quitté Paris? Est ce que ça vous a donné envie, peut être, de vous expatrier ailleurs? Ou alors vous souhaitez rester à Dallas? 

Isabelle [00:25:23] Ça fait cinq ans et on aime bien la vie américaine et la vie à Dallas. La France nous manque en partie, mais pas assez pour revenir. On serait pas fermés pour partir ailleurs aux Etats-Unis ou partir ailleurs dans un autre pays plus tard. Pas maintenant. On serait pas fermés, mais on ne voit pas du tout revenir en France. Le confinement nous l’a bien rappelé. On était quand même très très bien. On a une grande maison qu’on pourrait vraiment pas se payer si on était en région parisienne. Il n’y a pas que Paris en France, mais c’est quand même plus simple pour le boulot malgré tout. Pendant le confinement quand on voyait nos potes galérer avec leurs enfants dans les apparts parisiens – qui étaient notre vie avant – on disait “on est vraiment chanceux de pouvoir faire comme ça. On peut sortir. Il y a plein de trucs qui sont ouverts. Il y a une facilité.” Et j’adore la France. La France, c’est magnifique. En terme de paysages, c’est beaucoup plus beau que le Texas. Il n’y a vraiment rien à dire sur ça. La nourriture me manque. La famille, les amis nous manquent aussi, mais on apprécie trop cette facilité de vivre aux Etats-Unis. 

Un Dallas multiculturel à Plano

Cristina [00:26:28] Dallas, justement, parlons-en. Est-ce que tu portes des chapeaux de cowboy maintenant, comme dans la série Dallas? 

Isabelle [00:26:34] Pas encore. Ça viendra peu-être dans quelques années. On a pas encore non plus acheté des boots. On est juste au nord de Dallas. Ça s’appelle Plano. C’est une jolie banlieue, c’est très multiculturel. On a beaucoup d’Indiens, d’Asiatiques, de Sud-Américains, d’Africains. C’est très multiculturel. Donc on n’a pas ce côté où on voit les Texans de la campagne. On a pas trop ça. Par contre, dès que tu sors un peu de la métroplexe c’est-à-dire 45 minutes dans le Nord, t’es dans le Texas profond où là, c’est des cowboys avec des chapeaux et des bottes avec le gros gros accent texan qui mangent du barbecue à tous les repas. C’est la réalité, mais ce n’est pas ce que nous, on voit dans notre quotidien. C’est comme si tu disais: tu vis dans Paris où tu vis, je ne sais pas, moi, dans le nord de la France. 

Pas d’univers impitoyable: juste de la concurrence

Cristina [00:27:26] Tout le monde connaît la série Dallas ” ton univers impitoyable”. Est-ce que tu l’as ressenti, cet univers impitoyable, en montant ton business? 

Isabelle [00:27:36] Non, pas vraiment. Tu vois, je suis peut-être un peu naïve. C’est possible à chaque fois que j’ai demandé des conseils ou de l’aide à quelqu’un. Globalement, c’était plutôt positif. Justement, sur le Salon du chocolat, le Dallas chocolate festival que je fais depuis deux ans maintenant, j’ai rencontré des entrepreneuses locales, chocolatières, il y en a qui font du caramel, qui m’ont donné plein de tips au début. Je leur posais des questions: “comment t’as fait ça?” Elles ont pris des cafés avec moi pour m’aider. C’était assez sympa comme accueil. En plus t’es frenchy, donc ils sont toujours là genre “ah c’est trop fancy  ce que tu fais”. Donc, non. Je ne reçois pas vraiment ça de la part des Américains. De la part de la communauté française, c’est un peu différent parce que quand tu fais du français aux Etats-Unis, la communauté française, souvent, a tendance à te regarder un peu en mode genre “Mais ce n’est pas vraiment français, ce n’est pas assez français ce que tu fais”. Et en même temps bah oui, mais vous n’êtes pas mes clients. Je ne fais pas pour vous. Si je faisais pour vous, premièrement je ferai les choses différemment, mais vous êtes pas clients donc… Je dirais que c’est un peu un peu différent l’accueil sur la communauté française. Après, je m’offusque pas. Je sais bien que ce n’est pas ma target audience et que eux ils sont en mode ” faudrait faire ça comme ça ce serait plus français. – Mais je ne le fais pas pour vous, donc je ne le ferai pas comme ça”. Donc je ne le prends pas mal. Il y a aussi des gens dans la communauté française qui ont été merveilleux, qui m’ont présenté vachement de monde, qui m’ont aidée. Là, je viens d’intégrer quelqu’un dans mon board de conseillers sous my French Recipe, qui est un Français qui est vraiment extraordinaire, qui me donne énormément de conseils et qui prend du temps avec moi alors qu’il a un job vraiment prenant et une vie assez remplie. Il y a des gens comme ça quand même, qui sont qui sont merveilleux, qui rentrent dans ta vie et qui te donnent du temps. Donc non. L’Univers impitoyable, sincèrement, je ne le ressents pas. 

Cristina [00:29:27] Tu n’as jamais eu peur qu’on te pique ton idée? 

Isabelle [00:29:31] Il y a plein de gens qui font des mix déjà. J’ai vu popper des nanas qui se sont lancées dans le mix madeleines ou le mix crêpes. Moi, ça ne me fait pas du tout peur. Je pense que c’est relativement sain qu’il y ait d’autres offres. Moi, ça me permet de me bouger les fesses aussi en disant “tiens il y a une nana qui fait ça, peut-être qu’il faut que je me bouge un peu plus vite”. Et encore une fois, je pense que c’est la réalisation et l’environnement dans lequel tu vas le faire, comment tu vas t’entourer etc. qui va faire la différence. Non, ça me fait pas peur. Et j’encourage toutes les nanas à se lancer dans leur passion. Donc si leur passion c’est de faire des mix bah “go for it” après que la meilleure gagne, c’est tout. 

Barbecue, été et vie familiale à Dallas

Cristina [00:30:11] Oui, absolument. Si tu devais choisir trois mots pour décrire Dallas, qu’est ce que tu dirais? En revient à la Ville. 

Isabelle [00:30:18] Je dirais “barbecue” parce que c’est quand même les rois du barbecue. Et Le deuxième que je dirais c’est “l’été”, parce qu’il fait très, très, très chaud l’été. On a un été (juin, juillet, août), où il va faire 40°C tous les jours Non Stop, avec très peu de pluie, presque pas de pluie pendant l’été. Et ça, c’est vraiment typique du Texas. J’ai appris à l’apprécier d’ailleurs. Et le troisième mot que je dirais, c’est “vie familiale” parce que vraiment, je trouve que c’est d’une facilité la vie familiale là-bas! Tout est fait pour que le week end t’ait des activités, pour que tes enfants aient des activités la semaine, etc. Je ne sais pas si c’est spécifique au Texas. Vraiment, je trouve que c’est magnifique pour élever des enfants là-bas. De ce point de vue là, c’est top. 

Cristina [00:31:10] A quoi ça ressemble justement un week end en famille quand on y vit à Dallas? 

Isabelle [00:31:15] Nos week ends en famille, souvent, c’est Pool party avec nos potes le samedi ou le dimanche. Il y a toujours quelqu’un qui fait une pool party avec barbecue, on boit des margaritas. Et tous les enfants sont au bord dans la piscine, en train de jouer. On a réussi à créer un petit cocon avec des amis qui ont des enfants. Et du coup, c’est assez sympa. D’ailleurs, c’est un des trucs qu’on a fait pendant le confinement et on était vraiment content de pouvoir le faire, contrairement à plein de gens dans le monde. Tous les week end, on avait notre petit cocon et on pouvait se voir entre nous. Donc le weekend, on fait souvent ça. Moi, j’aime bien aller dans les fermes. J’adore manger. Donc aller dans les fermes cueillir les fruits les légumes au printemps, donc les fraises, les mûres… 

Amis français ou américains?

Cristina [00:32:03] OK, donc, y compris avec des familles américaines ou vous fréquentez, que des Français? 

Isabelle [00:32:09] On ne fréquente absolument pas que des Français. Tout simplement parce qu’on n’est pas partis si loin pour être dans un cocon français. Forcément, on a une bonne moitié de nos amis qui sont francophones parce que c’est plus simple en termes de codes sociaux. C’est-à-dire que oui, on sait comment ça marche. On sait comment on invite des gens, comment on les reçoit. Forcément du coup, c’est plus facile avec des Français ou avec des Européens. Mais on travaille (vraiment, on travaille c’est le mot) à avoir des amis américains ou sud américains qui font pas partie de la communauté française parce que c’est important pour nous de pouvoir parler anglais avec des gens. Les langues ont une place assez importante pour nous. Et oui, c’est important pour nous d’essayer de se mêler à la culture locale, tout simplement. 

Cristina [00:33:01] Et outre la différence en terme de rapport avec la cuisine, est-ce qu’il y a d’autres différences culturelles que tu as remarquées avec les Américains? 

Isabelle [00:33:11] La cuisine en est une hyper importante et l’autre qui est assez importante, c’est justement les codes sociaux sur comment on s’habille, comment on se reçoit. Tu vois nous, en tant que Français, on va rencontrer quelqu’un avec qui ça colle, on va dire “venez boire un verre à la maison samedi ou manger.” C’est comme ça, c’est assez simple. Et pour les Américains on n’a pas eu ce truc aussi simple où tu rencontres quelqu’un… Ils vont dire”ah c’était super de vous rencontrer, faudrait trop qu’on se voit”. Et puis nous, on dit “bah OK, samedi, venez. – Ouais, on s’appelle OK.’ Et puis en fait t’as jamais de nouvelles! C’est assez différent. Après, c’est simplement qu’on n’a pas encore bien assimilé les codes américains de ce côté-là. C’était très frustrant au début, parce qu’on s’y prenait en fait comme des Français avec des Américains. Et ça, ça ne marche pas. Là, on commence doucement à avoir des amis américains parce qu’on commence à comprendre comment ça marche, mais ça prend du temps. 

Cristina [00:34:07] Waouh, ça n’a pas l’air simple. 

Isabelle [00:34:11] C’est pas la partie la plus simple! 

Liens utiles pour préparer son expat à Dallas sereinement

Cristina [00:34:12] Est-ce que tu as des sites Web ou des groupes Facebook à recommander pour aider d’autres francophones à préparer leur expat à Dallas? 

Isabelle [00:34:18] Si vous allez à Dallas ou aux Etats-Unis, de manière générale, le premier truc à faire, c’est de checker les accueils locaux. Les accueils ce sont des associations qui sont gérées localement par des bénévoles. Et dans chaque grande ville dans le monde, il y a des accueils. Par exemple nous on a Dallas Accueil. L’objectif de ces accueils, c’est de rendre l’arrivée des expatriés un peu plus douce, dans le sens où on va vous fournir une liste de médecins qui parlent français ou de pédiatres ou de dentistes, vous dire comment faire pour avoir votre numéro de sécurité sociale en arrivant. On organise des activités. Pour vous inscrire, il y a un fee qui est -je ne sais pas- de 50 dollars à 60 dollars. Et ça permet d’accéder aux activités donc de rencontrer des premières personnes dans la communauté française. C’est vraiment le premier truc à faire parce que même si on n’a pas envie de faire que partie de la communauté française, c’est la manière la plus simple d’intégrer une communauté, de rencontrer des gens. Surtout quand on suit qu’on est femme d’expat, et que du coup, on ne parle pas forcément bien la langue, qu’on n’a pas de boulot, qu’on s’occupe des enfants, etc. Je recommande.

Deuxième truc pour la partie cuisine, qui est quand même assez importante pour nous, Français, quand on est à l’étranger, il y a un groupe Facebook qui s’appelle “Bons plans gourmands aux Etats-Unis”. Il a été créé par Estelle Traci, qui est très talentueuse. Je pense qu’il y a plus de 10 000 membres. Le principe de ce groupe, c’est de dire “Je suis au Texas et là à Central Market, je viens de voir du jambon Madrange… Tous les jours, les gens postent les bons plans qu’ils trouvent. Et en tant que Français, je sais que c’est un truc que j’ai bien aimé de voir, en tout cas au début. “Ah ben tiens il y a cette farine qui ressemble à la Francine”. Je recommande ça: “bons plans gourmands aux Etats-Unis le groupe Facebook.” Tout ça je pense que c’est hyper important pour les 2 / 3 premières années d’expat. Après, c’est important aussi de s’assimiler en fait à la société locale et de quand même intégrer des communautés locales.

Si vous voulez vous faire des amis américains et si vous voulez parler anglais ou en tout cas améliorer votre anglais, faites partie d’associations sportives, ayez des activités sportives à l’école, soyez volontaire. C’est comme ça que vous allez rencontrer des gens avec qui ça va coller. Je dirais même que aux Etats-Unis c’est une des principales manières de rencontrer des gens, c’est de partager une activité commune. Voilà si vous voulez pas rester avec la communauté française, et vraiment, je recommande, quand on s’expatrie, de ne pas rester avec la communauté française. Ce serait dommage de pas profiter de la culture locale ou de faire des activités locales. 

Cristina [00:37:00]  Plein de super tips, Isabelle, plein de super astuces, merci beaucoup! Et merci d’avoir répondu à mes questions sur le podcast. J’espère que ça aura inspiré les auditrices. Je sais que vous êtes nombreuses à écouter le podcast Expat Heroes et aussi les auditeurs. Un grand bravo pour ton parcours jusqu’ici. Qu’est ce que je peux te souhaiter pour la suite? Pour My French Recipe

Isabelle [00:37:25] Q’on cartonne tout simplement! Merci beaucoup. C’était un plaisir d’être avec toi. Et pour ceux et celles qui veulent connecter avec moi, je suis sur LinkedIn et sur Instagram. Je suis toujours contente d’échanger. Je suis toujours ravie d’échanger avec des nanas qui ont envie de se lancer dans des business ou pas business ou dans des projets. J’adore ça. Hésitez pas. Vraiment. Je suis hyper cliente et je réponds tout le temps. Parfois, je prends un peu plus de temps, mais je réponds tout le temps. 

Cristina [00:38:00] Écoute, je remettrai ça dans les notes de l’épisode: les groupes Facebook que tu nous as partagés, ton lien vers LinkedIn, ton Instagram. Et puis je te dis à très bientôt Isabelle. Merci!