C’est quoi un conseiller d’orientation scolaire ?

[00:00:03.960] – Cristina Depuis janvier 2019, tu es conseillère d’orientation scolaire à distance. En quoi consiste ce métier?

[00:00:10.470] – Meriem Conseillère d’orientation scolaire indépendante. Avant tout, c’est une superbe activité qui a le vent en poupe. Plus sérieusement, conseiller d’orientation scolaire, ça revient à conseiller les élèves sur les domaines professionnels qui vont convenir à leur profil et identifier aussi, quand c’est possible, des idées de métier adaptés à leurs projets. Tout ça sous la forme de bilans d’orientation scolaire. Donc, moi, en fait, j’accompagne les élèves depuis la troisième jusqu’aux études supérieures. Donc, j’accompagne les collégiens, les lycéens et les étudiants en réorientation à mieux se connaître pour trouver leur voie et construire leur projet d’études.

En fait, je les aide à répondre à ces trois questions essentielles qui sont: qui suis-je ? où vais-je ? Et comment j’y vais ? Et donc, j’ai deux services qui permettent de répondre à ces deux questions. Donc, le bilan d’orientation scolaire dont je viens de parler, qui permet de répondre aux questions « qui suis-je » et « où vais-je » et l’accompagnement parcoursup qui permet de répondre à la question « Comment j’y vais ».

[00:01:31.100] – Cristina Donc, les problématiques que se posent les lycéens, c’est principalement ça: qui suis je, et où vais-je? Qu’est ce que je vais faire de ma vie, en fait?

[00:01:40.610] – Meriem Alors, en général, ils ne se posent pas vraiment la question qui suis je, eux. Ils n’ont pas encore ce recul. Ils se posent surtout la question « où vais-je » et les parents aussi: « où vont aller mes enfants ou vont-ils aller étudier? Et nous, on leur explique que avant de choisir leurs études supérieures, il faut déjà qu’ils prennent le temps d’apprendre à se connaître. Et c’est un des deux pans du bilan d’orientation qui est vraiment essentiel pour bien définir la suite du projet.

Les ados expatriés français pourront facilement intégrer Parcoursup

[00:02:10.000] – Cristina Il y a une question qui revient souvent chez nous, parents expatriés. On se dit qu’on part à l’étranger, donc on leur offre le meilleur qu’on soit dans un système international ou dans un système français. Dans tous les cas, on leur offre une ouverture d’esprit incroyable. On ne peut pas s’empêcher d’imaginer qu’ils reviendront faire une école de commerce ou une école d’ingénieurs en France comme papa, maman. Est-ce que c’est possible, même en venant de l’étranger?

[00:02:35.970] – Meriem Alors oui, Cristina, c’est tout à fait possible et pour deux raisons essentiellement. La première, c’est la nationalité française. Le fait que l’élève soit français, ça lui ouvre le droit de s’inscrire sur la plateforme Parcoursup, dont on va parler un peu plus tard, c’est-à-dire que sa nationalité française, c’est un sésame, même s’il a étudié dans un autre système anglophone hispanophone turcophone même !  J’ai des élèves ici franco-turcs qui veulent ensuite continuer leurs études en France dans le système français. Eh bien si ils ont la nationalité française, c’est possible. Donc ça, c’est la première raison.

Et la deuxième raison, Cristina, c’est qu’il y a de plus en plus d’écoles de commerce et d’ingénieurs qui offrent des cursus anglophones. Par exemple, les écoles de commerce qui offrent des cursus 100% en anglais: il y a SKEMA, qui est très connue, l’École de Management de Lyon. Et en général, ils offrent ce qu’on appelle des BBA (Business Bachelor of Administration). Donc, c’est des programmes en quatre ans, vraiment adaptés à ces élèves qui ont un profil anglophone, mais qui sont français aussi. Et il y a aussi de plus en plus d’écoles d’ingénieurs qui s’y sont mis et qui proposent des cursus 100% en anglais comme l’EPITA (école d’ingénieurs spécialisée en informatique) et aussi l’ECAM (l’École catholique des arts et métiers à Lyon). Voilà, donc, ce n’est pas les seuls, mais au moins, je vous donne comme ça des noms.

Il y a vraiment cette tendance qui est de plus en plus marquée aujourd’hui en France. Parce que, certainement, il y a de plus en plus de demandes aussi de parents d’élèves expatriés. Et puis, pour être aussi au même niveau que les autres pays avec des programmes anglophones, la France s’y est mis aussi.

Les séries L, ES et S n’existent plus

[00:04:27.600] – Cristina Nos ados expatriés sont hyper attractifs pour ces établissements et pour la France en général. Le système scolaire en France a bien changé. J’ai fait un bac littéraire, un bac L. Donc ceux qui nous écoutent avaient peut-être fait aussi un bac éco ou un bac S. Et je me suis rendue compte que ça n’existe plus. Et puis, il y a Parcoursup, tu nous l’a énoncé. Est-ce que tu peux nous expliquer simplement comment ça fonctionne, le système scolaire en France aujourd’hui?

[00:05:03.210] – Meriem Oui, bien sûr. En fait, il y a la réforme du bac de 2018, qui a juste 3 ans, donc qui a complètement chamboulé le paysage du système scolaire tel qu’on le connaissait, nous, parents quadragénaires. Effectivement, le grand changement, c’est la disparition des séries S, L et ES. Ça n’existe plus aujourd’hui. Les élèves choisissent des spécialités en classe de seconde et c’est ces spécialités qui vont donner ensuite une couleur à leur baccalauréat. Donc, en fait, c’est un peu à un bac à la carte basée sur le modèle anglophone.

Le gouvernement a souhaité un bac qui soit plus personnalisé, plus adapté au profil de chacun des élèves. Il y avait aussi une surpuissance de la voie S à l’époque. 50 % d’élèves choisissaient la voie S même si ils n’étaient pas scientifiques parce qu’on leur avait dit que ça ouvrait toutes les portes. Le ministre de l’Education a voulu casser cette hégémonie de la voie S. C’est une des grandes raisons qui ont poussé à réformer le bac. Et voilà donc plus de voix S, L et ES, mais des bacs à la carte avec des spécialités choisies par chacun des élèves.

Un BAC à la carte avec des spécialités à choisir

[00:06:22.170] – Cristina D’accord. Et on les choisit à quel moment alors?

[00:06:25.150] – Meriem Alors on les choisit donc en classe de seconde. La classe de seconde aujourd’hui, c’est un palier très important au niveau de l’orientation scolaire en France. Maintenant dans le système scolaire, il y a trois paliers de l’orientation. Le premier palier en 3ème. En 3ème, donc à la fin du collège, les élèves doivent choisir s’ils continuent en voie générale et technologique ou bien s’ils continuent en voie professionnelle. Premier moment clé où l’élève doit se poser des questions quant à la suite de ses études.

Ensuite, deuxième palier de l’orientation en seconde générale et technologique. L’élève va choisir alors s’il continue en voie générale ou en voie technologique. Et s’il continue en voie générale, il va choisir trois spécialités pour la suite de ses études et s’il continue en voie technologique, il doit choisir une voie technologique parmi huit proposées. Voilà donc ce choix des spécialités en seconde qui crée un stress assez important chez les élèves parce qu’ils ont le choix entre 12 spécialités.

Elles ne sont pas toutes proposées dans tous les lycées français de l’étranger et même en France. Les lycées qui proposent le plus de spécialités en proposent 8 en général sur les 12, jamais les 12. Et donc, l’élève doit faire un choix important en seconde parce que ce choix des spécialités va influer sur toute la suite de ces études, évidemment. Donc, en seconde, l’élève choisit trois spécialités. En première, il en abandonne sur les trois. Et en terminale, c’est le troisième et dernier palier de l’orientation, l’élève va choisir ses études supérieures et s’inscrire aussi sur la fameuse plateforme Parcoursup.

[00:08:31.760] – Cristina Du coup, quand on est en lycée français, on a des spécialités qu’on peut choisir. Mais si on est dans un cursus, je pense à mes enfants qui sont dans un cursus anglophone britannique. Là, pour raccrocher les wagons, il vaut mieux qu’ils reviennent en France après le bac.

[00:08:53.060] – Meriem Si jamais ils veulent continuer leurs études supérieures en France? Oui, moi, je conseillerais si ce n’est pas vital de rentrer en France avant l’obtention du baccalauréat de venir pour les études supérieures. Et pourquoi pas de s’inscrire dans un cursus anglophone ou en tout cas moitié moitié. Ça existe aussi. 

Quelles matières choisir sur Parcoursup?

[00:09:22.670] – Cristina Il y en a qui n’ont pas de projet en fin de seconde, qui hésitent, qui ne savent pas quelles matières choisir. Quelles options tu conseillerais de choisir? Pour un étudiant qui ne sait pas quoi faire pour avoir un large choix de débouchés possibles?

[00:09:44.330] – Meriem Un élève qui ne sait pas quoi choisir en classe de seconde, il faut savoir déjà que c’est le plus gros du peloton. C’est le plus gros des élèves qui viennent me consulter. Ce sont des élèves en classe de seconde qui sont dans le flou, qui ont du mal à choisir leur spécialité parce qu’ils n’ont pas de projet. Et c’est normal, à 14 – 15 ans, de ne pas avoir de projet, ce n’est pas étonnant. Rares sont ceux qui ont un projet d’études bien défini en classe de seconde. Donc, il y a deux solutions.

Soit ils vont voir un conseiller d’orientation scolaire qui va les aider à mieux se connaître pour faire de bons choix pour la suite. Mais si jamais ils ne veulent pas, ils veulent se débrouiller tout seul, je leur conseillerai de choisir des spécialités qu’ils aiment avant tout, où ils sont bons. Des spécialités qu’ils vont avoir plaisir à étudier, tout simplement. Voilà un conseil évident parce que, parmi ces deux spécialités, on retrouve des spécialités telles que les mathématiques, la physique chimie, les sciences de la vie et de la terre, l’histoire géo, les langues…  Il y a quand même moyen de faire des choix de matières qui nous plaisent !

[00:11:05.390] – Cristina C’est important ce que tu dis, parce que faire ce qu’on aime et aller là où on est bon et pas faire ce que disent papa, maman, est ce que tu fais un peu de l’éducation parentale?

[00:11:31.790] – Meriem En général, quand les familles viennent me voir, c’est d’un commun accord. Je n’accompagne pas des élèves sans que leurs parents soient d’accord. D’ailleurs, souvent, c’est les parents qui prennent rendez vous avant même l’élève. Donc c’est un accompagnement à la fois pour l’élève et pour la famille. Oui, je fais en sorte d’être le plus juste possible Cristina, d’être la plus cartésienne, la plus objective possible. Si je pense que l’école de commerce, par exemple, est adaptée au profil de l’élève,  je vais la proposer dans les voies d’orientation que je propose, mais je vais toujours essayer de proposer trois voies d’orientation adaptées au profil de l’élève. Parmi ces trois voies, il y en a toujours une ou deux qui font écho. Il y en a toujours une ou deux, vraiment, où l’élève a les yeux qui brillent, où les parents aussi.

[00:12:35.490] – Cristina Et donc ces fameuses spécialités on les choisit sur parcoursup en seconde, au second trimestre. Et ils affinent leurs choix au conseil de classe du 3ème trimestre. Donc ça, c’est un choix qui se fait dans durant l’année scolaire avec le professeur principal. Parcoursup, c’est en terminale.

[00:13:27.450] – Meriem Donc on choisit des 3 spécialités en seconde pour la 1ère.

[00:13:37.740] – Cristina On en abandonne une en fin de première. Et en terminale, il n’en reste plus que 2.

[00:13:44.600] – Meriem Et en terminale, on fait nos vœux sur parcours sup pour la suite. Pour l’après bac.

Le calendrier Parcoursup

[00:13:52.830] – Cristina Alors quand est-ce que ça se passe? Quand est-ce que ça se fait les vœux sur parcoursup?

1ère phase d’information du 21 décembre 2021 au 21 janvier 2022

[00:14:20.460] – Meriem – Parcoursup ouvre ses portes le 21 décembre 2021. Il y a une phase d’information du 21 décembre au 20 janvier. Donc un mois où l’élève ou sa famille peut aller découvrir la plateforme et les 17.000 formations proposées. Le projet du ministère de l’Enseignement supérieur, c’est que toutes les formations post-bac soient sur parcoursup. Donc, l’élève a un mois pour aller étudier les fiches descriptives de toutes les formations qui l’intéressent.

Parcousup est une mine d’informations. C’est une plateforme pour s’inscrire dans le supérieur, mais c’est aussi un moteur de recherche très développé pour chaque formation. Vous avez ce qu’on appelle les attendus de la formation. Vous avez plein d’informations pratiques: les contenus de la formation, les taux de réussite, les capacités d’accueil, les débouchés, les éléments pris en compte lors de l’examen des vœux, les dates des journées portes ouvertes, un contact à qui on peut écrire pour avoir des informations plus précises sur telle ou telle formation. Je conseille souvent à mes élèves de prendre ce mois où il n’y a pas encore ce stress de s’inscrire pour s’informer.

[00:16:09.090] – Cristina Juste pour repréciser, ce sont les élèves de terminale, mais qui n’ont pas encore eu le bac.

[00:16:19.800] – Meriem Tout à fait. Et tu vas être étonnée si je te dis que l’année dernière, il y avait presque un million de personnes qui se sont inscrites sur parcoursup . Sur un million, il y avait 600.000 élèves de terminale, 100.000 élèves provenant des lycées français de l’étranger, 100.000 étudiants en réorientation et aussi 100 000 personnes en reprise d’études.

[00:17:10.550] – Cristina Donc, Parcoursup en fin d’année: du 20 décembre au 20 janvier.  Les ados prennent connaissance de ce qui a sur la plateforme.

2ème phase d’inscription: du 20 janvier au 7 avril 2022

[00:17:24.320] – MeriemDeuxième phase du 20 janvier au 7 avril, c’est la phase d’inscription. Ils n’ont pas eu le bac, mais ils s’inscrivent dans les formations qui leur plaisent. Et en parallèle, pour chaque vœu, il faut écrire une lettre de motivation, un projet de formation motivée pour motiver sa demande. C’est très spécifique. Il y a un nombre de mots maximum. Il y a toute une structure à respecter. Voilà donc ça, c’est la deuxième phase.

3ème phase: phase d’admission du 2 juin au 15 juillet 2022

Et enfin la troisième phase qui est la phase d’admission. Les élèves attendent impatiemment les réponses à toutes les formations qu’ils ont demandé et cette année, les réponses vont commencer à tomber à partir du 2 juin (du 2 juin jusqu’au 15 juillet). Chaque jour, les élèves se connectent à la plateforme et regardent quelles sont les formations qui les ont acceptés, quelles sont les formations pour lesquelles ils sont sur liste d’attente, quelles sont les formations pour lesquelles ils sont malheureusement refusés.

Se réorienter sur Parcoursup

[00:18:49.810] – Cristina Tu parlais des étudiants qui se réorientent, qui s’enregistrent sur Parcoursup. C’est facile de se réorienter si on se trompe ?

[00:18:59.140] – Meriem Oui. Il faut un petit peu dédramatiser l’orientation scolaire. Ce n’est pas grave de se tromper, je dirais. C’est même mieux de se rendre compte qu’on s’est trompé en première année d’études supérieures qu’une fois qu’on a eu son diplôme en poche, qu’on rentre sur le marché du travail, qu’on se dit « ce n’est pas du tout ce que je voulais faire ! ».

Je veux être rassurante sur ce sur ce point-là. L’erreur est humaine. On a le droit de se tromper. On a mal été conseillé ou on a fait comme les copains ou on a fait comme les parents nous ont dit. Il y a plusieurs raisons souvent. Non, ce n’est pas grave du tout et c’est très simple comme processus. Un étudiant qui se réoriente, va suivre le même parcours qu’un lycéen de terminale qui s’inscrit pour la première fois. Aujourd’hui, il y a presque 60 % d’étudiants qui se réorientent en première année. Soit ils changent de voie, soit ils redoublent, mais ils ne passent pas en deuxième année.

[00:20:00.340] – Cristina Donc, si ce n’est pas trop tard, ils peuvent bifurquer. S’ils n’ont fait qu’un mois, ils peuvent éventuellement changer de filière sans perdre une année ?

[00:20:08.890] – Meriem Alors, il y a ce qu’on appelle les rentrées décalées en janvier. Je suis en train d’accompagner une jeune fille qui a commencé en licence de biologie, sciences et vie de la Terre. Ça ne lui plaît pas du tout. Plutôt que d’attendre l’année prochaine et de perdre une année parce qu’elle ne va même plus en cours, je lui ai conseillé de s’inscrire afin de commencer à regarder les rentrées décalées en janvier. Tous les établissements n’en proposent pas. En revanche, il y a tout ce qu’on appelle les bachelor universitaires technologiques, les BUT, il y a certaines écoles de commerce aussi, les écoles privées qui proposent des rentrées décalées en janvier.

[00:20:53.710] – Cristina Ça, c’est intéressant. En faisant connaissance avec toi, tu me disais que tu avais été prof de physique chimie pendant plus de 5 ans. Donc toi, tu t’es aussi réorientée ?!

[00:21:10.900] – Meriem Oui, c’est pour ça peut-être que je me sens légitime, finalement, pour accompagner les jeunes dans leur choix d’études supérieures. Parce que moi-même, je n’ai pas une carrière linéaire. J’ai ce qu’on appelle, paraît-il, un parcours atypique. Je ne me sens pas à part. Je sais qu’il y a de plus en plus de personnes qui, aujourd’hui, exercent différentes professions au cours de leur vie. Donc, effectivement, j’ai commencé ma carrière en tant que prof de physique chimie. J’ai enseigné cinq ans en France et cinq ans ici à Istanbul.

Aujourd’hui, la page enseignement est tournée. Je suis devenue auto entrepreneure depuis bientôt trois ans. Ce que j’aime par dessus tout, c’est travailler à mon rythme, travailler pour moi, être mon propre patron. C’est un luxe inouï aujourd’hui de pouvoir travailler quand on veut, où on veut. Et donc ce nouveau modèle, je ne pourrai plus m’en passer, je ne pourrai pas revenir en arrière.

Devenir conseiller d’orientation scolaire à distance

[00:22:11.380] – Cristina Tu aimes transmettre. C’est un fil rouge qui relie les différentes voies que tu as prises. Tu as transmis en tant que prof physique chimie, tu transmets aujourd’hui en tant que coach d’orientation scolaire et tu as créé une formation pour permettre à d’autres personnes de devenir à leur tour conseiller – conseillère d’orientation scolaire.

[00:22:29.350] – Meriem Je suis animée au fond de moi par l’envie de créer des projets. Ça fait des mois que je constate que la formation en ligne se développe de plus en plus, qu’il y a de plus en plus d’entrepreneurs qui proposent leurs formations. Et c’est vrai qu’au fond, moi, certainement, petit à petit, je me disais peut-être qu’un jour, je pourrais proposer une formation en ligne. Mais j’avoue que je n’avais pas encore l’idée de la formation, ni même la cible. J’hésitais: une formation pour les élèves, une formation pour les parents d’élèves, une formation pour les adultes ? Ça me faisait peur. Je ne me sentais pas légitime, tout simplement.

Et un jour, en juin, j’ai posté comme une bouteille lancée à la mer, un message. J’ai demandé à mon réseau qui serait intéressé par une formation pour devenir conseiller d’orientation scolaire comme moi. En 48 heures, j’ai dû recevoir 10 ou 12 demandes, 10 ou 12 messages de personnes intéressées. Et là, je me suis dit « ah, on me fait confiance, on serait intéressés pour apprendre avec moi. Et si j’allais plus loin? ». Donc, c’est comme ça que je me suis dit: « Bon, ni une ni deux, tu fonces. Il y a de la demande, donc tu vas préparer ta formation. » Et aujourd’hui, à l’heure où je te parle, la première session est passée et la deuxième session est en cours.

[00:24:13.750] – Cristina Je me rappelle de ce poste LinkedIn et puis d’un autre qui avait suivi, où il y avait eu un commentaire: « mais t’as pas peur de former au final, de futurs concurrent-e-s.

[00:24:38.530] – Meriem Non, je n’ai pas peur. Parce que le soleil brille pour tout le monde. Franchement, un conseiller d’orientation scolaire, c’est un métier qui a du sens. Les gens en reconversion sont en recherche de sens. Et quand on accompagne un élève et qu’on lui redonne de l’éclat dans les yeux, un but, un projet, on se sent vraiment utile. C’est un métier qui attire de plus en plus de personnes. Dans les lycées en France, il y a un conseiller d’orientation scolaire pour 1500 élèves.C’est un des taux les plus faibles d’Europe. Et chaque année, le ministère ouvre de moins en moins de places au concours.

Les carences de l’Education nationale ouvrent un carrefour pour les conseillers d’orientation scolaire indépendants. C’est pour ça qu’il y a de plus en plus de coach scolaire, de conseillers d’orientation scolaire parce qu’il y a de plus en plus de familles qui ont besoin d’être accompagnées de manière personnalisée. Voilà, il y a un besoin, donc les conseillers d’orientation scolaire répondent à ce besoin.

Istanbul en 2003

[00:26:06.280] – Cristina Tu tiens à faire cette formation en live, avec des classes virtuelles pour des étudiants inscrits à la formation, « conseillers d’orientation à distance ». Et tu fais ça à Istanbul. C’est quelque chose qu’on peut faire tout à fait à distance. Conseiller d’orientation, et c’est bien pour tous les expats qui nous écoutent, qui ont envie de retrouver un métier qui a du sens. J’avais envie qu’on parle dans cette dernière partie d’interview d’Istanbul, que tu nous fasses voyager avec tes mots, avec ta voix à Istanbul. Est-ce que tu te souviens de ton arrivée à Istanbul? Quelle est l’image qui restera marquée à jamais?

[00:26:48.340] – Meriem Il n’y a pas une image mais plusieurs images. Je suis arrivée en septembre 2003. Ça fait 18 ans que je suis à Istanbul. J’avais un poste au lycée Galatasaray. J’avais un appartement où j’allais habiter pendant six mois. Je n’étais pas venue en repérage. J’avais cette envie chevillée au corps, d’aller travailler à l’étranger. Donc, après mes cinq ans en France, dès que j’ai eu ce poste à Istanbul, ni une ni deux, je suis partie. J’avais 28 ans, j’étais pleine de rêves, de projets à Istanbul. Je pensais y rester trois ans et continuer à aller enseigner dans le monde entier. Et finalement, j’y suis restée puisque j’ai rencontré mon mari deux ans après mon arrivée.

Donc, de quoi je me souviens? C’est vallonné, Istanbul. Je passais mon temps à monter et à descendre des collines. On appelle Istanbul la ville aux sept collines. Il faut avoir de bons mollets. Ce qui m’a marqué, c’est le monde dans les rues. C’est l’animation perpétuelle. Ça bouillonne à Istanbul. Il y a toujours de la vie. Il n’y a pas de dimanches ici. Dimanche, c’est un jour comme un autre. Tout est ouvert tout le temps. Le dimanche, on peut aller faire ses courses au centre commercial. Rien ne ferme. Les restaurants sont ouverts du matin au soir. C’est très différent de la France à ce niveau-là.

[00:28:16.330] – Cristina Et en 18 ans, qu’est-ce qui a changé? 

[00:28:21.550] – Meriem Je dirais mon point de vue. J’étais comme une touriste au début. Je suis ensuite devenue turque par mariage. Donc déjà, je ne me sens pas expat. Moi, je me sens turque. La Turquie, c’est c’est mon pays de cœur. Je suis franco-tunisienne par naissance, mais j’aime la Turquie, c’est mon pays de cœur. Et donc, qu’est-ce qui a changé? Tellement de choses ont changé. C’était mieux avant ! L’époque que j’ai connue, elle n’existe plus beaucoup. Quand j’étais plus jeune, je sortais beaucoup. Istanbul, c’est une ville nocturne, c’est une ville où il y a beaucoup de bars, de restaurants, de boîtes de nuit. J’ai connu ces années-là.

Aujourd’hui maman, je suis beaucoup plus calme, je sors moins. Il y a beaucoup de choses qui ont changé, beaucoup plus de touristes qui viennent du Moyen-Orient. Le paysage touristique a beaucoup changé. Il y a moins de Français. Il y avait beaucoup plus de Français avant et moins de Français aujourd’hui. Le coût de la vie a augmenté. Il y a une sacrée inflation ici, en Turquie.

Meriem nous fait voyager à Istanbul

[00:29:34.420] – Cristina Qu’est-ce qu’on voit? Qu’est-ce qu’on entend? Qu’est-ce qu’on sent? Fais-nous voyager !

[00:29:39.670] – Meriem Moi, je suis un peu privilégiée parce que j’habite au bord du Bosphore, donc je vois le Bosphore. Je vois les paquebots qui font la navette entre la mer Noire et la mer Méditerranée dans les deux sens. D’énormes paquebots ! Des conteneurs qui transportent du pétrole, du gaz. Voilà ce que je vois, moi, en tout cas, depuis chez moi. Qu’est-ce que j’entends ? Alors le cri des mouettes, des sirènes des paquebots quand ils se croisent et qu’il y a du brouillatd, ils activent leur corne de brume.

C’est moins glamour, les klaxons des taxis, les klaxons des voitures. Parce que Istanbul est une immense métropole, avec donc beaucoup de trafic. Et pour aller d’un quartier à un autre, il faut prendre la voiture ou le taxi. Et donc, on est souvent coincé dans des embouteillages. C’est une ville monde Istanbul ! C’est pour ça aussi qu’aujourd’hui, moi je sors beaucoup moins. Je reste dans mon quartier parce que il y a tout dans chaque quartier. Il y a tout ce qu’il faut pour la vie quotidienne. Istanbul est une ville fatigante. Ce n’est pas que du positif, c’est une ville fatigante quand on a besoin de se déplacer pour le travail. Il y a beaucoup de bouchons et beaucoup de bruit.

[00:31:02.160] – Cristina Quelle langue on entend ? Du Turc, bien sûr ?

[00:31:06.060] – Meriem Le turc, essentiellement. L’Iranien, de plus en plus. Il y a beaucoup de touristes iraniens qui viennent en ce moment, ces derniers mois. On entend beaucoup l’Iranien, l’Arabe aussi. On n’entend pas le français et très peu l’anglais.

[00:31:30.630] – Cristina Et qu’est-ce qu’on sent alors? 

[00:31:37.700] – Meriem Alors si on va dans les quartiers populaires ou en tout cas dans les quartiers qui sont proches des marchés proches des ports, là où il y a des pêcheurs, il y a beaucoup de pêcheurs à Istanbul, comme il y a le Bosphore, il y a des pêcheurs tout le long du Bosphore. Qu’est-ce qu’on va sentir? On sent le poisson frit. Une des spécialités ici n’est pas le hot dog, c’est le sandwich au poisson frit. Et il y a des effluves comme ça dans certains quartiers de poisson grillé ou de poisson frit. C’est la seule odeur qui me vient à l’esprit.

Etre un jeune français à Istanbul

[00:32:15.720] – Cristina Comme on parlait beaucoup des adolescents avec parcoursup, à quoi ressemble la vie d’un adolescent français ou francophone à Istanbul?

[00:32:24.740] – Meriem La vie d’un adolescent français ou francophone à Istanbul est très différente de la vie d’un Parisien.  Alors ici, ils sont très assistés. Ils sont trop choyés, c’est vrai. Par exemple, les élèves ne vont pas au lycée par leurs propres moyens ici, soit ils y vont avec leur chauffeur, soit ils y vont en « service ». Pour la majeure partie des cas, le service, c’est très commun en Turquie. C’est un système de transport qui est mis en place. Parce que les élèves, comme c’est une ville énorme, les élèves habitent parfois très loin du lycée et il y a un système de transport qui s’appelle le service, qui permet de prendre les élèves devant la porte de chez eux jusqu’à la porte de l’établissement.

Donc, les élèves ici, ils vont peu dehors. Finalement, il y a peu d’enfants dans les rues. Ils vont se retrouver les uns chez les autres. Ils vont se retrouver au centre commercial, au cinéma et souvent, ils ne prennent pas les transports en commun. Alors que le métro est top à Istanbul ! Les élèves sont un petit peu trop assisté à mon goût .

[00:33:35.420] – Cristina Pourquoi? Pour des raisons de sécurité ? Ou c’est l’habitude ?

[00:33:39.770] – Meriem Je parle aussi peut-être d’une certaine catégorie. Tous les Turcs, ce n’est pas du tout comme ça. Parlons de ceux qui vont dans les lycées français ou dans les lycées anglophones, donc ceux qui font partie d’une certaine catégorie sociale. Pourquoi? Parce que ce n’est pas dans les mentalités, dans l’esprit des gens. Ici, quand on a les moyens, on prend le taxi ou sa voiture ou son chauffeur. Et moi, en tant que Parisienne, en tant que Française, de cœur, je fais tout pour que mes enfants se débrouillent et apprennent à prendre le métro. Donc, dès qu’on a l’occasion, on prend les transports en commun. Je suis une anti voiture.

[00:34:17.750] – Cristina C’est une façon aussi de s’intégrer et de vivre à la façon de la majorité aussi. Merci Myriam de nous avoir fait voyager à Istanbul. Donc, tu exerces ton nouveau métier de conseillère d’orientation scolaire à distance depuis Istanbul. Tu as ta formation, pour permettre à d’autres personnes de devenir à leur tour conseillers et conseillères d’orientation scolaire. Si on veut te contacter, par quel biais on peut avoir les informations sur ton activité de conseil, d’orientation ou la formation que tu proposes ?

[00:35:22.460] – Meriem J’ai un site internet qui porte mon nom meriemdraman.com. Et sur ce site internet, j’ai un blog. Donc les personnes qui veulent déjà voir ce que je fais peuvent aller consulter mon site internet, s’inscrire à la newsletter. J’envoie aussi une newsletter une à deux fois par mois. Evidemment, en tant que communicante dans l’âme, je suis très active sur les réseaux sociaux, donc j’ai un compte Instagram qui s’appelle Mon orientation et moi, où les élèves et leurs parents peuvent me retrouver. Et aussi une page Facebook à mon nom et un compte LinkedIn.